La Poucette, les smartphones et les limitations sensorielles

Non, ce n’est pas le nom d’un conte de fées cyberpunk méconnu (mais ça aurait pu). La Poucette, ou tendance à jouer des pouces sur l’écran de son téléphone portable, est un surnom adorable au demeurant inventé par certains de mes collègues pour décrire l’activité de toute personne en train de travailler sur un terminal portable, quelle que soit son activité – personnelle ou professionnelle, lecture, communication ou consommation de médias.

A Lonely Place – Photo sous CC BY-NC-SA par niko si 

Donner un petit nom mignon, mais réducteur, pour un ensemble d’activités potentielles si larges, est complètement normal : comme face à un lecteur perdu dans son bouquin, la seule activité que nous pouvons percevoir est celle dont nos sens nous donnent un aperçu, et ces derniers ne peuvent pas nous montrer la nature de telles activités au-delà de la surface que lecteurs ou usagers parcourent du regard ou des doigts. Tout le reste se passe dans la tête et/ou dans les circuits – via quelques métaphores visuelles projetées sur écran, sans plus (et pas bien différentes des métaphores visuelles imprimées sur une page, d’ailleurs).

J’ai déjà eu l’occasion d’évoquer la nécessité de ne pas confondre outils et usages sur Twitter, dans des podcasts, sur ce même site, dans divers ateliers autour des ressources numériques et dans mes échanges professionnels avec des collègues et des spécialistes de la question. Si il y a des progrès dans le domaine depuis quelques années, il est encore plus important aujourd’hui de combattre ces commentaires et points de vue réducteurs. Parce que nous ne le faisons plus seulement pour nous mais aussi pour nos élèves, à l’heure où les expérimentations en équipements nomades ou numériques se multiplient. Ces dernières dépendent en grande partie de la bonne (in)formation des enseignants pour juger d’une éventuelle plus-value pédagogique, à travers leur utilisation de ces nouveaux outils dans le cadre de l’éducation pour préparer nos élèves à une école au minimum d’aujourd’hui, ou à une « école du futur » dans le meilleur des cas. Et pourquoi se tourneraient-ils vers un outil qu’ils ne comprennent pas et dont ils ne perçoivent pas forcément l’intérêt, si ils peuvent utiliser et faire utiliser un outil avec une histoire et des usages qu’ils comprennent ?

Heureusement, les enseignants (jeunes ou vieux, « digital natives » ou pas) ne sont pas seuls et démunis face à ces outils qui peuvent si facilement être réduits à ce que l’on en perçoit. Les formations aux PAFs sont là, les personnels formés ou en cours de formation dans les CRDP sont là, les ressources pour une prise en main rapide sont là : tout repose désormais sur les collègues sur le terrain, leur motivation et leur temps disponible pour se former – et sur le changement des mentalités. Faire comprendre que finalement, au-delà d’une surface de verre et de plastique sous le regard et sous les doigts, il y a tout un monde à explorer.

[Pour ceux d'entre vous qui se poseraient la question, ce billet a été principalement écrit sur un Xperia Arc S avec l'application gratuite WordPress entre Livry-Gargan, Epinay sur Seine et Champigny-sur Marne. A la force du pouce !]

Rizzoma et CCC – l’union parfaite ?

Que ceux qui se souviennent de Google Wave, quelques années plus tard, lèvent la main. Mais si souvenez-vous, il y a 3 ans seulement, les Internets vibraient du buzz du prochain « gros projet » de Google qui gratifia alors son public d’une loooongue conférence…

…à la suite de laquelle les invitations pour Google Wave ont commencé à circuler de compte Google en compte Google, avec quelques rares spécimens arrivant sur eBay (avec des résultats plus ou moins heureux).

Et après ? Pas grand’chose. Victime de son avancée technologique et de sa simplicité d’utilisation entre autres, Wave n’a pas trouvé un public assez important pour justifier son maintien et le service a été officiellement fermé en 2010, ventilant les innovations technologiques au sein d’autres produits Google (comme par exemple la possibilité de discuter autour d’un document dans Docs). Une partie du projet survit, renommé Wave in a Box et a été transmis à la Apache Software Foundation sous licence Apache.

Or is it ?

Depuis quelques mois maintenant avec quelques copains ou collègues qui n’ont peur de rien nous testons Rizzoma, une reprise du code libéré par Google et en cours d’extension par une petite équipe de développeurs. Le plan de route du projet est impressionnante : visant en premier lieu à reprendre les fonctionnalités offertes par Google Wave, à savoir la collaboration en directe et riche en supports audio, vidéo ou image, l’équipe souhaite ensuite mettre à disposition de ses utilisateurs un module « prêt à déployer » sur tout ordinateur afin que toute petite compagnie, ou groupe, ou famille, puisse avoir son Rizzoma personnel à la maison, au travail…Ou à l’école.

Et c’est là que les choses deviennent intéressantes. Dans l’ « ADN » de Rizzoma, on trouve :

  • Liberté structurelle : Tout document nouvellement créé peut prendre à peu près n’importe quelle forme, l’organisation de ce dernier ne dépendant que de l’objectif de l’utilisateur.
  • Travail collaboratif : Les documents intègrent des fonctions de partage, de discussion et de travail à plusieurs (intégrant même la fonction « Hang Out » tout droit venue de Google+) ;
  • Richesse des médias : Comme son prédécesseur, Rizzoma permet d’ajouter image, audio et vidéo aux documents de travail créés soit en intégration directe dans le corps de ces derniers, soit en pièce jointe comme pour un courrier électronique.

Le groupe fondateur lui-même propose des pistes d’usage à destination des enseignants, et des chercheurs ont déjà fait le point sur leurs usages de cet outil (en Anglais), mais il Il est intéressant de noter que ces 3 notions fondatrices sont les mêmes que celles que l’on retrouve potentiellement au sein des Centres de Connaissance et de Culture dont notre profession parle tellement ces temps-ci.

Une convergence entre espaces réels et outils numériques ?

Cette convergence entre outils digitaux et espaces physiques est une tendance que j’ai pu observer depuis plusieurs années : le fonctionnement même des hackerspaces et leur modularité intrinsèque, les concepts de meubles Node de la compagnie Steelcase tendent à émuler dans le monde réel ces caractéristiques.

Dans ce contexte, Rizzoma et les autres outils du même type seraient-il un outil parfait pour de telles structures ? Le parallèle entre l’agencement de ces espaces d’enseignement et le fonctionnement de ces outils de création et de production pourrait en tous cas déboucher sur des perspectives assez intéressantes – et des profils d’élèves et d’étudiants passionnants à accompagner et à observer, nourris à la collaboration, à la prise d’initiative, à une gestion personnelle et instinctive de l’information…Avec des enseignants correctement formés et en quantité suffisante, évidemment.

P.S. : Au moment où j’écris ces dernières lignes, je découvre que la fondation Apache a mis en place une version fonctionnelle de Wave in a Box, plus technique que Rizzoma mais qui mérite qu’on s’y intéresse : inscription gratuite ici.

« A quoi ça sert Twitter de toutes façons ? »

Quand j’entends cette question dans la bouche du badaud moyen, passe encore. Quand j’entends cette question, prononcée avec un air goguenard, dans la bouche d’un professionnel de l’information ou des médias pendant une série de conférences nationales sur l’évolution des médias, je me dis que ça cache forcément quelque chose et que les sous-entendus qui se planquent derrière une telle question rhétorique sont forcément multiples vu l’omniprésence et les usages pédagogiques démontrés d’outils comme les réseaux sociaux. Ces sous-entendus, j’ai pu jusqu’ici en identifier 3 qui ont encore la vie dure, mais je suis sûr qu’il y en a plein d’autres qui n’attendent qu’une occasion de pointer leur sale bobine. Petite mise au point.

Premier sous-entendu : « Twitter, ça ne sert à rien ».

Comme tout outil, Twitter a une utilité principale : en l’occurrence, transférer de l’information d’un émetteur à un ou plusieurs récepteurs – sa seule spécificité étant sa fameuse limitation à 140 caractères par message. C’est déjà un premier usage, et coïncidence, il se trouve que la plupart des médias font exactement la même chose, simplement sous des formes différentes. Quitte à remettre en cause cet usage essentiel des médias donc, autant se demander à quoi servent la télévision ou les journaux imprimés – deux autres médias dont on ne questionne pas l’utilité, alors qu’ils ne permettent pas l’interactivité qu’offre Twitter autour des contenus audio ou vidéo.

Deuxième sous-entendu : « Twitter n’est pas aussi intelligent que les autres médias »

Outils par nature, aucun média n’est intelligent en soi, ni bête d’ailleurs. Un média est, et puis c’est tout : intelligence, bêtise, pertinence sont des notions qui jugent du contenu transmis par un média, contenu créé par des utilisateurs-rédacteurs. Et chez les utilisateurs, il y a un peu de tout, comme chez les humains en général d’ailleurs : savoir lesquels vous trouverez intelligents ou pas est une question de goût. Quant à sélectionner les utilisateurs dont vous voudrez suivre les contributions, c’est là que sera le véritable défi.

Pour cela, de nombreux outils sont à votre disposition : Twitter permet l’organisation des flux auxquels vous vous abonnerez en listes – pas forcément utile pour les comptes suivant peu d’autres personnes, mais dès qu’on dépasse la centaine classer ces derniers par thématique permet de se constituer des « chaînes spécialisées » qui peuvent faire gagner pas mal de temps dans le cadre d’une veille documentaire ou informationnelle. Notez au final que la qualité des informations que vous apportera Twitter dépendra de vos choix et rien d’autre.

Troisième sous-entendu : « Sur Twitter, on parle à tout le monde, donc on ne parle à personne ».

S’exprimer sur Twitter, ce n’est pas seulement s’exprimer sur un gueuloir mondial. Avec des mécanismes comme les messages privés (ou Direct Messages), les mentions (précédées d’un nom d’utilisateur, mais lisibles par tous) et les hashtags qui permettent de traiter d’une thématique particulière (notion, événement, personne) en identifiant le contenu d’un tweet, tous les outils sont là pour permettre à l’utilisateur de se concentrer sur des informations particulières ou de s’entretenir avec un ou plusieurs autres utilisateurs en particulier plutôt qu’à « la masse ».

Dans certains cas cependant, s’adresser directement à cette même masse peut avoir un intérêt – que ce soit par l’intermédiaire des hashtags cités plus haut, ou en demandant à vos abonnés de retweeter (ou RT, dans la langue des gazouillis) votre requête. On ne sait jamais…

3 sous-entendus, une même cause

Ces 3 sous-entendus, au final, ne sont que des symptômes : le véritable problème, c’est le choix pour certains collègues de ne pas s’intéresser à un outil au-delà des apparences et des premières impressions pour explorer ce qui peut être fait avec. Certes; c’est un choix confortable qui permet de ne pas se remettre en cause et de garder certains repères dans un paysage technologique en constante évolution – mais qui aussi empêche de progresser, de découvrir, d’expérimenter autour de nouveaux outils qui pourraient avoir un grand intérêt dans le cadre de nos professions respectives. Dommage, pour des professionnels de l’information…Qui se condamnent donc à disparaître à plus ou moins long terme.

Et si, coup de chance, cet article vous a donné envie de vous créer un compte sur Twitter vous pouvez suivre le compte de CDImagination et celui du CRDP de Créteil pour lequel je travaille actuellement (ainsi que le mien, si vous avez le coeur bien accroché).

« Définir un vocabulaire commun » sur EdTechInsight

Avec l’émergence de nouvelles méthodes d’enseignement et d’apprentissage comme les jeux sérieux ou les expériences transmédiatiques (qui s’étendent de manière complémentaire sur plusieurs média, comme par exemple Inanimate Alice), il devient de plus en plus compliqué de se comprendre – que ce soit pour collaborer ensemble à la construction de ces expériences qui demandent l’intervention de personnes avec des spécialisations et des compétences diverses, ou pour simplement choisir les professionnels qui sauront effectivement apporter un soutien efficace plutôt que ceux qui crachent des buzzwords à la chaîne pour décrocher un contrat. C’est dans cette optique que Laura Fleming propose son article « Defining a Common Vocabulary« , que nous traduisons ci-dessous :

Quand j’ai commencé à écrire sur les expériences transmédia et l’éducation, je me suis rendu compte que la terminologie que j’utilisais n’était pas pertinente de prime abord. Mon objectif initial était d’attirer l’attention sur cette nouvelle manière d’enseigner et d’apprendre, et d’encourager les gens à l’adopter. Graduellement, j’ai vu les articles sur les expériences transmédia et l’apprentissage augmenter significativement en nombre. Je pense qu’il y a à présent assez de matériel à notre disposition pour que nous ayions maintenant besoin de définir un vocabulaire commun. Ces termes, bien que très probablement familiers pour ceux qui appartiennent à la communauté du développement transmédia, sont probablement moins familiers pour les éducateurs. Un vocabulaire commun à tous est important pour nous aider à comprendre les principes centraux des oeuvres transmédia et de l’apprentissage et pour continuer à l’enrichir à partir de ces derniers, qui serviront alors de base. Je ne suggère en aucune manière que ma liste est une liste exhaustive. Ce ne sont que les 10 termes que je pense être les plus significatifs dans ma recherche et dans mon travail d’écriture, et qui m’ont aidé à concevoir un environnement d’apprentissage transmédiatique.

  1. Pervasivité : Connecte le contenu à, et diffuse et étend l’apprentissage dans la vie de tous les jours en permettant à l’apprentissage de prendre place dans n’importe quel environnement, n’importe quand, n’importe où.
  2. Ubiquité : L’apprentissage devient si pervasif qu’il est pleinement intégré et assimilé dans la vie des apprenants.
  3. Interactivité : Rend l’apprentissage vivant en maximisant l’engagenement et en stimulant les esprits des apprenants à travers une participation proactive, qui permet à l’apprentissage de grandir de manière organique.
  4. Transparence : Apprendre en ayant la possibilité d’observer la manière dont d’autres apprennent, et en captivant les autres en étant honnête et clair par rapport à ce que vous faites.
  5. Immersion : Les expériences d’apprentissage impliquent l’ensemble des sens et abattent les limites et les frontières entre enseignant et étudiant, impliquant par là-même la distribution et la prolifération du savoir.
  6. Authenticité : Les structures narratives porteuses de sens et originales impliquent les apprenants et améliorent la profondeur de savoir que les étudiants atteindront.
  7. Fluidité : A travers plusieurs modes de communication et de partiicpation, apprenants et contenu circulent naturellement d’une plate-forme à la suivante.
  8. Responsabilisation : Les apprenants partagent, contribuent et créent en faisant des découvertes à travers leurs propres interprétations, ce qui encourage passion et responsabilité vis-à-vis de leur propre apprentissage.
  9. Engagement : A travers une participation directe, les apprenants s’impliquent dans le contenu et ont une compréhension plus profonde qui leur permet de dériver du sens de leur apprentissage.
  10. Interconnexion : La connexion des plateformes et du contenu encourage le dialogue, ce qui connecte les apprenants avec les apprenants et les enseignants dans le monde entier. Cette interconnexion globale permet le partage collaboratif et la prolifération du savoir.

Enseignante depuis 14 ans, Laura est aussi membre de Classroom 2.0, un site qui fédère les enseignants anglophones qui expérimentent avec les nouvelles technologies et les media sociaux dans les salles de classe.

Un retour sur Documation : comment calculer le retour sur investissement d’un projet de veille ?

Documation, le salon annuel sur les solutions de gestion de contenus et de documents a eu lieu mi-mars dernier au CNIT de la Défense. L’occasion pour moi de faire un petit retour sur une conférence de la société Digimind (éditeur d’un logiciel de veille) intéressante à plusieurs niveaux. Il s’agit de donner les clés pour évaluer le retour sur investissement d’un projet de veille dans son entreprise. Bien entendu, cela s’accompagne des exemples et cas clients pris en charge par la société, mais il présente des pistes pour défendre la mise en place ou l’évolution d’un projet de veille.

Digimind publie pour la première fois en 2005 un document de synthèse sur le retour sur investissement (ROI) des projets de veille.  Il a reçu à cette occasion un accueil assez froid (la principale critique étant la difficultés et les moyens d’évaluer et chiffrer les travaux de la veille). Depuis, les mentalités ont changé : on parle beaucoup plus de démonstration du ROI, de valeur ajoutée, de risques (à ne pas faire un projet).

 

Pourquoi un ROI ? Les grandes caractéristiques des projets de veille aujourd’hui

Pourquoi un ROI ? 77% des entreprises sondées par Digimind déclarent avoir un dispositif de veille (culture, processus, outil de veille), mais 60% des dispositifs de veille ont été mis en place après 2003. Ils sont toutefois assez matures (on trouve dans leurs cahier des charges des parties consacrées à l’évaluation du ROI).

Le marketing est souvent à la manœuvre pour la mise en place du dispositif de veille (mais aussi la direction générale), souvent pour pousser le projet.

Pour 73% des entreprises, l’objectif principal des dispositifs de veille : ne pas passer à côté de l’information et trouver des produits innovants (développement des marchés, création de valeur). La veille concurrentielle est le principal type de veille mise en œuvre, tandis que l’e-reputation ne représente que la moitié des projets (en dépit de sa popularité grandissante depuis 3 ans).

En moyenne un veilleur passe 9 heures par semaine à la recherche d’information sur le Web. On constate une redondance (la même recherche est effectuée plusieurs fois par différents collaborateurs) et que 32% des recherches sont infructueuses (chiffres de Digimind).

La presse en ligne reste la principale source des veilleurs (87%), tout comme les moteurs de recherche généralistes (90%). 85% des entreprises surveillent moins de 500 sources. Le manque de moyens humains est la principale difficulté (57%), générant des problèmes de pérennité et de capitalisation. La performance des services de veille est peu satisfaisante (48%), ne génère pas assez de feedback. 51% des cellules de veille s’inscrivent dans une organisation transverse : des mini-cellules mises en relation. Un budget moyen hors salariale de 68 k€, souvent à défendre auprès de la direction.

L’évaluation du retour sur investissement se heurte aux difficultés suivantes :

  • Obtenir un retour quantitatif et qualitatif ;
  • Estimer le coût total avant le projet ;
  • Auditer les pratiques de veille peu rationalisées ;
  • Estimer la valeur de l’information ;
  • Choisir le bon niveau d’évaluation (réduction des coûts, des risques, valeur de l’info) ;
  • Ne pas confondre l’évaluation d’un système de veille avec l’ensemble d’un projet de veille.

 

Le ROI : indicateur qualitatif et quantitatif

Le ROI est une exigence des organisations pour rationaliser la démarche d’achats et convaincre en interne la pertinence de l’achat. Il présente un second intérêt : mesurer les résultats obtenus et communiquer en interne sur les résultats obtenus. Le ROI ne se calcule pas de la même manière selon le déploiement de leur projet de veille.

On distingue trois phases dans un projet de veille :

  1. Veille concurrentielle (focus sur la collecte, newsletter) ;
  2. Veille tactique (focus sur l’analyse tactique) ;
  3. Veille stratégique (focus sur l’analyse stratégique) ;

Pour chacune d’entre-elles, il s’agit de positionner l’ambition :

Veille concurrentielle Veille tactique Veille stratégique
Quantitatif Volume d’information par type, % de couverture du plan de veille
Fréquence de collecte et temps passé
Taux de participation aux opérations
Nombre de services adoptant l’offre
Atteinte des objectifs stratégiques
Qualitatif Nature des informations collectées
Pratiques de collecte
Connaissance partagées de l’environnement
Qualité des argumentaires et des livrables
Intelligence collective des tactiques culturelles
Capacité d’anticipation et d’innovation sur le marché

On peut évaluer un retour sur investissement selon plusieurs modalités :

  • Réduction des coûts ;
  • Extension de la surveillance ;
  • Retours des opérateurs.

Toutefois, il n’y a pas de « ROI en boîte ». L’évaluation se fonde sur une observation des pratiques via des « audits de veille » et doit s’adapter aux objectifs de chaque « client interne » (« comment je peux t’aider? »).

Évaluation chez Digimind : 3 étapes

  1. Quantitatif : gain de temps, réduction des coûts ;
  2. Passage du gain de temps à la collecte en temps d’analyse ;
  3. Valorisation de la veille d’entreprise

 

Illustrations (chiffres Digimind)

Avec la mise en place de systèmes de veille, on réduit 14x le temps passé à la recherche (les systèmes remontent moins d’informations mais plus pertinentes) et on multiplie par 10 le nombre de sources surveillées :

  • exemple 1 : une société d’assistance scolaire surveillait 100 sources en deux heures avant, 14k après (+1400%), relevant 4x plus d’informations stratégiques. Quand le scandale des fichiers Acadomia a éclaté, la cellule de veille du client avait déjà anticipé le problème et la société avait engagé des procédures de vérification pour éviter qu’une situation similaire se produise chez eux.

Débarrassés du temps de recherche, l’équipe de veille peut augmenter le temps passé à l’analyse (x8), pour créer des livrables de meilleure qualité, plus adaptés au métier, impliquant beaucoup plus d’acteurs :

  • exemple 2 : groupe français avec une filiale en dépôt de bilan. Le volume d’informations concernant la nouvelle gonfle. La direction du groupe veut communiquer, tandis que la cellule de veille indique qu’il n’y a pas de corrélation dans la presse entre le groupe et la filiale, évitant un lien dommageable pour l’entreprise.

L’intelligence devient collaborative : le nombre de personnes dans les projets peut augmenter (x4), tout comme les connexions entre personnes (x132) :

  • exemple 3 : groupe télécom percevant l’intérêt d’améliorer encore plus la veille en créant des synergies entre ses business units. Choisissant la solution Digimind, elle constitue près de 15k de sources, des sujets communs à plusieurs business units, met en lumière 4 axes de veille concernant toutes les BU, contribue à l’émergence d’experts, ainsi qu’à la rédaction de livrables à plusieurs etc.

Les 6 erreurs à ne pas commettre :

  1. Absence de « for what ? » (pourquoi fait-on de la veille ? Projet imposé) ;
  2. Périmètre trop large (noie les veilleurs sous un flot d’informations) ;
  3. Erreur de casting (pas de sensibilisation) ;
  4. Le « so what » (absence d’analyse) ;
  5. Manque de suivi des clients internes (satisfaction de la veille, adaptation aux nouveaux besoins) ;
  6. Usine à gaz (trop de sophistication et d’ambition sans actions simples préalables).

Privé d’Intertice ? Pas de problème, il y a Twitter !

Il y a quelques mois de cela, j’ai trouvé un tweet particulier dans ma timeline qui m’a fait très plaisir : Michel Guillou y annonçait l’ouverture des inscriptions au colloque sur les médias numériques dans le cadre d’InterTICE, qui nous offre régulièrement l’occasion de se réunir entre professionnels des sciences de l’information pour une série de conférences et de partager points de vue, théories et bonnes pratiques sur différents sujets. Tout content d’être parmi les premiers inscrits, j’ai déchanté quand à l’approche du rendez-vous au CRDP de Marly le Roy je me suis rendu compte que faute de sous, je ne pourrai pas me rendre sur place et participer…

Et puis je me suis souvenu que les organisateurs d’InterTICE ont la main numérique, et avaient prévu une solution de remplacement et de complément pour ceux qui ne pouvaient pas se rendre sur place et ceux qui voulaient débattre avec des personnes hors les murs : un tweetwall ! Alors je vous laisse découvrir les réflexions faites ce jour-là avec le hashtag #InterTICE sur Twitter – et ajouter quelques commentaires sur les quelques tweets auquel j’avais commencé à répondre avant de rendre les armes devant le flux (et face à l’implacable manque de batteries, j’avoue !).

On attaque avec un tweet de @jyaire sur le rapport entre élèves et enseignants :

« Le journaliste doit perdre sa posture d’expert ». Et si on faisait la même chose avec l’image du prof ?

Ces dernières années à travers des expériences menées par l’Institute for the Future en Californie et conçues par Jane McGonigal et son équipe, j’ai pu tester à plusieurs reprises le travail collaboratif à plusieurs dans un environnement où la « hiérarchie » est très floue,et où tous quel que soit leur âge sont tour à tour sur un pied d’égalité ou dans une position d’apprenant ou d’enseignant : ce genre de réseau à hiérarchie « liquide » basée sur les besoins de la communauté pour atteindre un objectif, je l’ai mis à profit dans le cadre d’un projet né de la demande d’un petit groupe d’élèves passionnés d’informatique et d’électronique à la recherche d’un enseignant pour leur donner les bases de la culture de ces domaines technologiques et les aider dans leur projet en mettant certains élèves dans la position de professeurs non seulement auprès des autres mais aussi de moi-même, dans le cadre de certains projets qui nécessitaient des compétences que je n’avais pas. Résultat ? Un sacré choc pour certains qui n’en revenaient pas de voir un élève de 5ème ou de 6ème donner des cours de modélisation 3D ou d’électronique à un adulte et dans les séances de  travail suivantes, l’entraide entre les élèves s’en est trouvée renforcée car chacun s’est senti capable, puisqu’un adulte l’avait fait, de mettre de côté ses réticences à chercher un secours ou des connaissance auprès d’un autre membre de l’équipe.

Ce travail autour des hiérarchies liquides et « horizontales » (par opposition à un modèle « pyramidal »), on le retrouve d’ailleurs dans les établissements expérimentaux comme le Lycée Expérimental de Saint-Nazaire qui fonctionne sur le principe de la co-gestion : les ateliers pédagogiques conçus et enseignés à la fois par les groupes d’élèves et des représentants de la communauté éducative en sont, de ce que j’ai pu lire à ce sujet (non seulement sur Wikipedia mais aussi dans Science et Vie Junior, qui lui a consacré en 2008 un article) me fait penser qu’il y a là une voie à explorer non seulement dans la conception des cours et le rapport aux élèvees, mais aussi par rapport au nombre de ces derniers dans un établissement scolaire. Pas de bol pour les documentalistes, renseignement pris auprès d’établissements similaires en région parisienne, ces derniers n’ont souvent pas les dotations horaires qui leur permettraient de s’ « offrir » un enseignant-documentaliste à moins que celui-ci n’enseigne en parallèle une matière classique…

Toujours sur la thématique des élèves qui inspirent les modes de fonctionnement dans l’établissement scolaire, on enchaîne sur un tweet de @2vanssay :

On ne peut déontologiquement ignorer les outils que les élèves utilisent, ce serait idiot et dommageable

Je suis d’accord à bien des égards, dans la mesure où les règles du jeu sont clairement fixées avec les élèves dans le cadre de leur utilisation au sein de l’établissement scolaire – à la manière de @frompennylane avec ses élèves qui tweetent à l’école suivant une charte bien précise : tant que les choses se font dans la transparence et la confiance entre l’élève et l’enseignant, je ne vois pas de raison de refuser l’utilisation de ces outils. Dans le collège où j’exerce, j’ai eu à réfléchir à l’intégration à la fois des téléphones portables que tous les élèves ou presque possèdent maintenant et dégainent constamment d’un côté, et des réseaux sociaux (Facebook en tête, Twitter étant encore relativement délaissé) sur les ordinateurs disponibles au CDI. Au lieu d’interdire l’un comme l’autre complètement (ce qui m’aurait permis de coller à la lettre au règlement intérieur mais m’aurait aussi fait perdre la plus grande partie d’une heure à courir après les contrevenants), j’ai préféré mener d’un côté un sondage anonyme auprès des élèves pour leur permettre de me renseigner sur les capacités de leurs téléphones et éventuellement pouvoir proposer des utilisations pédagogiques ou ludiques à ces derniers tant qu’ils demandaient la permission d’utiliser leur terminal. Après tout, si écouter de la musique leur permet de mieux se concentrer (ça marche comme ça pour moi et pas mal de collègues) et tant qu’ils ne gênent pas les autres grâce à une paire d’écouteurs et un volume raisonnable, why not ?

Côté réseaux sociaux, j’ai abordé le problème du côté de la sécurité de l’information : après avoir démontré aux élèves qu’avec une mauvaise utilisation les comptes Facebook et les adresses électroniques personnels sont facilement accessibles pour peu qu’on oublie de faire le ménage derrière soi et de se déconnecter (un oubli qui peut arriver à n’importe qui, que ce soit au collège, ou chez un copain, ou dans un cyber-café), j’ai pu en former certains à l’utilisation de clefs USB avec une suite Framakey ou Portable Apps prêtes à l’emploi (le tout parfois directement stocké sur la mémoire interne de leurs téléphones portables). Que demande le peuple ? Peut-être que la réplique de @dawoud68 est un début de piste :

Et si l’important n’était pas le débat sur les outils d’information mais sur les outils de PENSER l’information ?

On passe souvent beaucoup de temps entre professionnels à discuter de l’impact de telle ou telle technologie, de tel ou tel site sur le travail que nous autres enseignants et enseignants-documentalistes avons à mener chaque jour mais téléphones portables, QR Codes, iPads et tableaux numériques ne sont que les outils dont nous nous servons et ils ne sont pas plus utiles qu’un cale-portes et pas plus novateurs qu’un poste à galène si nous ne savons pas ce que nous voulons obtenir d’eux quelles que soient leurs limitations – voulues par leurs concepteurs ou intrinsèques au matériel qui les compose !

Et vous, tout ça, ça vous inspire ? Si oui, vous savez quoi faire – le débat sur Twitter par le hashtag #intertice est toujours ouvert !

jyaire : « Le journaliste doit perdre sa posture d’expert ». Et si on faisait la même chose avec l’image du prof ? #onyvient #intertice – 7 heures 23 min

A l’école : « Ne copie pas, c’est de la triche ». Hors de l’école, on appelle ça « collaboration »

(via Brainsfeed).

Ci-dessous, vous verrez une présentation de Sir Ken Robinson,  auteur partisan d’une profonde réforme des principes éducatifs actuellement en place, car puisant ses racines au XIXème siècle (dans le contexte de la révolution industrielle, de l’émergence du taylorisme et sa « division scientifique du travail »). Le considérant inadapté à notre « nouveau » monde (lequel tire parti des réseaux de connaissances, du travail en groupes et du dialogue), et trop discriminant (privilégiant notamment les matières « utiles » des autres), Ken Robinson appelle à sérieusement remettre en question nos modèles éducatifs.

La présentation ci-dessous est animée par RSAnimation.org et mérite le détour. Plutôt qu’un classique diaporama PowerPoint (encore qu’on peut en faire de magnifiques avec google docs), l’animation pointe les éléments clés du discours, leur donne vie et souligne par de multiples touches d’humour l’argumentaire de l’orateur.

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Image extraite de la présentation de Ken Robinson

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Extrait de la présentation de Ken Robinson

L’un des points clés qui pourra nous intéresser, nous, professionnels de l’information, c’est la nécessité d’ouvrir les méthodes d’éducation au partage et au travail de groupe. Car finalement, c’est ce qu’on demande ensuite aux salariés lorsqu’ils accèdent au monde du travail. Le système académique sanctionne la copie ou l’entraide au motif qu’elle pourrait nourrir l’ignorance entre élèves. La limitation de la collaboration est aussi le moyen de « trier » les élèves qui entrent dans le moule académique des autres, qui sans forcément manquer de dispositions, ne s’adaptent pas au système.

Ainsi au 21ème siècle, nous avons à notre disposition un système éducatif basé sur les principes industriels (division du temps de travail, matières hermétiques entre elles, éducation par groupes et distinction par années d’études, standardisation des cours et des évaluations etc.) là où la sphère privée de l’élève est remplie de moyens de divertissement et pour certains de découverte, de créativité et de communication, notamment grâce à Internet.

Les systèmes éducatifs ne sont pas encore suffisamment équipés en outils ainsi qu’en enseignements adaptés à ce nouvel état de fait. Le poids des « traditions », les difficultés budgétaires et certainement un manque de politiques ambitieuses peuvent en être les causes. On pourra se reporter aux billets de Thomas sur InterTICE 2010 et notamment sa table ronde « Culture scientifique et culture informatique » :

Les enjeux sont donc nombreux, et le problème de la formation se pose : en effet, en l’absence d’un CAPES en informatique, quels enseignants seraient à même de transmettre un enseignement en au-delà de la simple utilisation et de la matière ou de la discipline avec laquelle ils ont le plus d’affinités ? Ce nouvel enseignement enrichi et remis au premier plan ne doit pas seulement faire appel à des notions scientifiques, mais à des notions de linguistique, d’ingénierie, d’ingénierie, d’algorithmes et d’éthique : il faut donc des enseignants capables de parler de ces 4 concepts également, et de transmettre une éducation complète et humaniste conforme aux valeurs que nous avons héritées du « siècle des lumières » : une éducation qui en somme transmet la curiosité, encourage la compréhension des phénomènes fondamentaux dans tous les domaines et incite les citoyens à développer leur méfiance et leur sens critique.

Ken Robinson - Focus!

Image extraite de la présentation de Ken Robinson

Cette problématique du décalage entre les possibilités d’apprentissage chez soi et dans le système académique se retrouvent aussi à l’âge adulte pour ce qui est de la formation professionnelle, où à plus forte raison, la vie professionnelle du salarié l’a conduit à apprendre souvent « sur le tas », par tâtonnement, essai-erreur, stratégies de réussite et autres ajustements. Lorsqu’il reçoit une formation, soit il recevra une formation présentielle calquée sur ce modèle académique, soit il devra compléter des formations par e-learning. L’un comme l’autre apparaissent rébarbatifs et l’apprenant n’aura pas la possibilité d’être tout de suite mis en situation ni de profiter du droit à l’erreur.

En cela, le développement progressif des Serious Games en tant que supports de formation est une réponse à ces problèmes. Elle présente même plusieurs avantages : combler l’écart entre la sphère privée et professionnelle pour ce qui est des supports d’apprentissage, intéresser l’apprenant, le mettre en situation et lui donner le droit à l’erreur… Chose que le système éducatif tel qu’il est construit ne tolère pas ou peu.

S’adapter ou péricliter. Il s’agit là d’un défi supplémentaire pour l’éducation des jeunes.

http://www.cdimagination.net/?p=247

Documentalistes et propriété intellectuelle : le point du Rectorat de Créteil

Le rectorat de Créteil, vue tirée de Google Streetview

Prenant la relève de Frédérique cette année comme coordonnateur des réunions de documentaliste de notre district, je reçois pas mal d’informations de ma hiérarchie y compris tout récemment un document rédigé par Mme Faure, au service juridique du rectorat de Créteil, concernant les différentes textes de loi sur la propriété intellectuelle – une mise au point plutôt bienvenue après le passage de la fameuse loi HADOPI, et alors que les lois LOPPSI 2 et ACTA pointent lentement mais sûrement le bout de leur nez : mis gracieusement à disposition par son auteur, vous pouvez consulter le texte ici (et si vous le réutilisez, n’oubliez pas de demander un permission à son auteur original pour toute réutilisation).

Si j’ai été très content de recevoir cette mise au point, je n’ai pas pu m’empêcher de me demander dans quelle mesure notre gouvernement compte s’appuyer sur les enseignants et les enseignants-documentalistes pour sensibiliser et familiariser le public en général et nos élèves en particulier à l’application des ces lois très controversées – ce qu’il est tout à fait en droit d’attendre puisqu’après tout, les enseignants sont des fonctionnaires d’Etat.

Au-delà du débat sur l’obéissance des fonctionnaires à leur administration de rattachement, un tel texte et l’actualité de notre pays autour de la propriété intellectuelle est aussi l’occasion d’aborder avec nos élèves tout ce qui n’y est pas mentionné directement : la place et l’importance du partage dans notre culture, l’importance du piratage dans la société contemporaine, les licences libres et/ou virales, autant de débats à mener et d’occasions de partager des programmes, des films ou de la musique pour lesquels il n’est pas nécessaire d’ouvrir les bourses du budget d’établissement pour mener des actions de sensibilisation basées sur ce que l’on a le droit de faire,  plutôt que sur ce qui est interdit. J’en profite aussi pour vous faire passer quelques liens pratiques pour de tels débats ou activités, qui m’ont récemment été très utiles :

Jamendo, Deezer et Spotify : Trois sites d’écoute de musique en ligne, le premier étant spécialisé dans la musique qui peut être téléchargée et distribuée gratuitement sous licences Creative Commons. Je me suis récemment servi de ces sites avec nos élèves du Module-Relais pour un travail sur, vous l’aurez deviné, la musique gratuite et le piratage aujourd’hui. Jamendo offre aussi une licence pas chère à destination des professionnels qui permet de sonoriser tout un lieu avec la musique disponible sur le site – qui a dit que les CDI devaient forcément être des lieux de silence ?

Creative Commons : Un site leader dans le domaine des licences virales (c’est à dire qui se transmettent d’oeuvre parente à oeuvre dérivée), incontournable pour comprendre et expliquer clairement le concept de viralité des licences. En plus des différents types de licence, la section Projects du site offre l’accès à des types de licences supplémentaires pour des cas particuliers, des études de cas et des moteurs de recherche de media sous licences Creative Commons.

InterTICE 2010 : table ronde « L’information à l’heure du web et des media sociaux »

Ouverte avec un passage du discours du président Barack Obama à la remise des diplômes de l’Hampton University, cette table-ronde animée par David Abicker regroupait Alice Antheaume, Eric Scherer, Renaud Edouard-Baraud et Pierre Haski. Ensemble, ils se sont concentrés sur trois grands thèmes après avoir rapidement commenté la vidéo d’ouverture : aujourd’hui sur Internet, comment bien chercher et se documenter, comment bien lire et bien vérifier ses informations, et comme bien écrire, seuls ou ensemble ? L’un des enjeux majeurs de notre époque est en effet d’aider écoliers, élèves et étudiants à intégrer l’utilisation des réseaux sociaux à leur apprentissage, au-delà des discours qui discréditent les outils en ne prenant pas compte des comportements des utilisateurs. Une tâche d’autant plus difficile que le flux d’informations auxquels tous doivent faire face est désormais continu.

Comment se renseigner et se documenter à l’heure d’Internet ? Pour les invités, les solutions passent par une utilisation pertinente des moteurs de recherche (et pas l’usage simpliste que l’on peut en avoir, Digital Native ou pas) et l’utilisation de comptes Twitter organisés suivant les régions ou les domaines sur lesquels on souhaite être informés, puis mis en forme par des extensions comme Feedly. Ce système d’information détrône même pour certains les flux RSS et la lecture de mails matinale – même si il implique un important travail de croisement et de validation des informations !

Les outils journalistiques dont le public a pris possession à travers Internet sont très puissants – mais le manque de media litteracy pose le problème d’une formation indispensable, même chez les plus jeunes. C’est là un des points communs entre journalistes et enseignants : les deux professions ont pour mission de réduire le bruit qui entoure l’information, de mettre cette dernière en perspective. Pour les étudiants, cela passe par des cours mêlant ingénierie et journalisme pour une génération de “journalistes geeks” ; à l’école, les choses sont un peu plus difficiles – on sait y parler de la presse, mais pas encore bien y parler d’Internet. Les invités proposent d’explorer des activités permettant de comparer entre eux le contenu et les codes couleurs de différents sites, tirant parti de la sensibilité des jeunes à ces caractéristiques.

Elèves, étudiants et professionnels ont tous besoin de parfaire leur maîtrise de ces outils qui si ils sont puissants, ne nous mettent pas forcément à l’abri d’erreurs : le risque de ce que Pierre Haski appelle un “Timisoara numérique” – un événement enflé par une rumeur numérique qui dépasserait toutes les proportions – est bien réel et ni les rédactions, ni les professionnels n’en ont pour l’instant pris pleinement conscience. Une éducation à ces media encore nouveaux et à la lecture et à la validation de l’information pour tous les utilisateurs (auteurs, comme lecteurs) et sous toutes les formes qui aident à la contextualisation (texte, image, représentations infographiques et cartographiques) est donc d’autant plus importante.

Les différents media disposant sur Internet de la même palette d’outils, les différences entre les sites de ces derniers tendent à s’effacer et les anciennes “catégories” auxquelles ces derniers appartenaient ne se justifient plus de la même manière que par le passé. Parallèlement, l’attention des utilisateurs (à peu près équivalente à 3 feuillets pour un billet) et la taille des écrans (à l’heure des iPads et à l’approche de la révolution des tablettes à encre que la Chine devra perfectionner pour faire face à une crise du support papier) ont aussi leur rôle à jouer dans la consommation de l’information par les utilisateurs.

Que ce soit dans le journalisme ou dans l’éducation, les réseaux sociaux prennent une importance croissante. Ces derniers conduisent-ils à de nouveaux réflexes vis-à-vis de la lecture et de l’écriture ? Alice Antheaume convient qu’élèves comme étudiants ne devraient pouvoir se servir de Twitter que pour l’intérêt de la classe entière – une règle de base simple. Les règles dans le journalisme comme dans l’éducation ne sont cependant pas encore coulées dans le bronze – l’AFP par exemple, propose simplement des guidelines pour l’utilisation de Twitter alors que certaines rédactions interdisent tout simplement l’utilisation de Twitter à leurs journalistes. Au final, apprendre au fur et à mesure des publications reste la meilleure approche pour le moment.

Du côté des professionnels, les réseaux sociaux et la publication sur Internet influencent leur pratique professionnelle différemment : ils effacent la vie de bureau qui s’achève à 5 heures, un phénomène qui touche tous les media. Pour David Abiker et Pierre Haski, ils marquent aussi une vraie révolution – l’irruption du lecteur dans le processus d’écriture !

InterTICE 2010 : table ronde « Culture scientifique et culture informatique »

De gauche à droire : Gilles Dowek, Jean-Pierre Archambault, Jean-Pierre Demailly, Roberto Di Cosmo et (un tout petit bout de) Hervé Le Crosnier.

Dans un billet précédent, je vous parlais des stands de professionnels et de produits qui sont à InterTICE cette année. Mais le point-phare d’InterTICE chaque année, pour moi, ce n’est pas le shopping – aussi passionnants les derniers progrès technologiques soient-ils – mais les conférences et les tables-rondes. Je suis retourné au CNIT hier pour la dernière rencontre avec mes collègues du dispositif 3D (dont notre Frédérique doc de choc) pour cette année, avant d’enchaîner sur 3 de ces conférences (et oui, j’en parlerai ici !). Mais j’ai déjà pu m’installer dans le public d’une des tables-rondes du Lundi 10, ayant pour thème la culture scientifique et la culture informatique.

Réunissant le mathématicien Jean-Pierre Demailly avec les informaticiens Gilles Dowek, Roberto Di Cosmo et Hervé le Crosnier autour d’une table animée par le chargé de mission au CRDP et au CNDP de Paris Jean-Pierre Archambault, les invités se sont interrogés sur la baisse de niveau de « l’école française »  malgré la bonne place qu’elle occupe encore sur la scène internationale. Quelle peut être la raison de cette baisse ? Certains des invités évoquent l’accent mis dans l’éducation classique sur la résolution de problèmes déjà posés, plutôt que la création (ou modélisation) de problèmes.L’une des solutions suggérées est un véritable enseignement de l’informatique qui commencerait dès le plus jeune âge et qui ne se limiterait pas à un enseignement qui ne serait pas limité à une activité dirigée uniquement par des buts, par une quête de l’opérationnel mais motivée par la volonté de comprendre.

Cette compréhension du fonctionnement de l’outil informatique et des logiciels passe pour les invités par la promotion des logiciels libres qui se prêtent à l’analyse du code-source par tous et permettent d’illustrer les théorise enseignées. C’est aussi une chance pour les citoyens de comprendre les outils qui, ces dix dernières années, ont eu un impact sur la société jamais observé avant et qui aujourd’hui permettent de garantir des droits tels que les libertés d’expression, le droit à la vie privée via les outils de chiffrements, le droit de vote à travers le fonctionnement des machines de vote utilisées dans certains pays par exemple – et la chance de comprendre les dizaines d’actions difficilement observables générées par un simple clic sur la Toile. Pour les scientifiques, c’est la possibilité de comprendre les outils informatiques qu’ils utilisent au-delà de la simple fonction de simulation qui a pris tant d’importance dans ce domaine. Si les scientifiques ne parviennent pas à comprendre la manière dont fonctionnent leurs outils, alors le risque de faire de la « pseudo-science » théorisée devient trop grand.

Les enjeux sont donc nombreux, et le problème de la formation se pose : en effet, en l’absence d’un CAPES en informatique, quels enseignants seraient à même de transmettre un enseignement en au-delà de la simple utilisation et de la matière ou de la discipline avec laquelle ils ont le plus d’affinités ? Ce nouvel enseignement enrichi et remis au premier plan ne doit pas seulement faire appel à des notions scientifiques, mais à des notions de linguistique, d’ingénierie, d’ingénierie, d’algorithmes et d’éthique : il faut donc des enseignants capables de parler de ces 4 concepts également, et de transmettre une éducation complète et humaniste conforme aux valeurs que nous avons héritées du « siècle des lumières » : une éducation qui en somme transmet la curiosité, encourage la compréhension des phénomènes fondamentaux dans tous les domaines et incite les citoyens à développer leur méfiance et leur sens critique.

C’est ici que s’arrête le compte-rendu, mais c’est ici aussi que commence la réflexion !

J’avais écrit il y a quelques temps sur la conduite éthique et responsable d’un fonctionnaire de l’Etat et dans le contexte d’un gouvernement qui déploie coup sur coup les lois DAVDSI, HADOPI et alors que l’ACTA pointe le bout de son nez, une telle table-ronde et les thèmes qui s’en dégagent font que je me pose encore plus de questions sur cette thématique de l’action au service d’un état et/ou de son gouvernement. L’intérêt de nos citoyens présents et futurs prend pour moi le pas sur les attentes du gouvernement en place (qui de toutes façons quittera la scène dans quelques années), et dorénavant je m’en tiendrai à cette ligne de conduite auprès de mes élèves. Plus question de les écarter de telle ou telle technologie dans le doute de l’utilisation qu’ils pourraient en faire ! Par contre, j’insisterai encore plus sur l’importance d’une éthique de l’utilisation d’Internet et des nouveaux media.

Pour ceux d’entre vous qui suivent ce blog depuis un petit moment maintenant, vous avez pu voir que le thème de la reconversion professionnelle avait pointé le bout de son nez dans quelques billets ici et là ; à la lecture des interrogations des participants à la table-ronde sur les futurs enseignants en informatique, qu’avez-vous pensé ? Si vous êtes comme moi, il y a au moins quelques enseignants-documentalistes orientés web et nouvelles technologies qui vous sont venus à l’esprit. Peut-être que pour certains d’entre nous, notre place se trouve dans cette nouvelle discipline encore à éclore ? Si c’est bien le cas, allons-nous vers une séparation des fonctions avec des enseignants en informatique/sciences de l’information d’un côté et des bibliothécaires de l’autre ? A moins que l’on assiste à un doublement des postes dans chaque établissement pour que les enseignants-documentalistes en poste pour pouvoir assumer, à tour de rôle, toutes les taches qui importent dans un Centre de Documentation et d’Information ?

Je vous engage fortement à tous réfléchir à ça et à partager le résultat de vos réflexions dans les commentaires ! N’oubliez pas d’aller voir les travaux de l’équipe de l’EPI et leur bloc-note sur l’enseignement de l’informatique et des TIC.