Rizzoma et CCC – l’union parfaite ?

Que ceux qui se souviennent de Google Wave, quelques années plus tard, lèvent la main. Mais si souvenez-vous, il y a 3 ans seulement, les Internets vibraient du buzz du prochain « gros projet » de Google qui gratifia alors son public d’une loooongue conférence…

…à la suite de laquelle les invitations pour Google Wave ont commencé à circuler de compte Google en compte Google, avec quelques rares spécimens arrivant sur eBay (avec des résultats plus ou moins heureux).

Et après ? Pas grand’chose. Victime de son avancée technologique et de sa simplicité d’utilisation entre autres, Wave n’a pas trouvé un public assez important pour justifier son maintien et le service a été officiellement fermé en 2010, ventilant les innovations technologiques au sein d’autres produits Google (comme par exemple la possibilité de discuter autour d’un document dans Docs). Une partie du projet survit, renommé Wave in a Box et a été transmis à la Apache Software Foundation sous licence Apache.

Or is it ?

Depuis quelques mois maintenant avec quelques copains ou collègues qui n’ont peur de rien nous testons Rizzoma, une reprise du code libéré par Google et en cours d’extension par une petite équipe de développeurs. Le plan de route du projet est impressionnante : visant en premier lieu à reprendre les fonctionnalités offertes par Google Wave, à savoir la collaboration en directe et riche en supports audio, vidéo ou image, l’équipe souhaite ensuite mettre à disposition de ses utilisateurs un module « prêt à déployer » sur tout ordinateur afin que toute petite compagnie, ou groupe, ou famille, puisse avoir son Rizzoma personnel à la maison, au travail…Ou à l’école.

Et c’est là que les choses deviennent intéressantes. Dans l’ « ADN » de Rizzoma, on trouve :

  • Liberté structurelle : Tout document nouvellement créé peut prendre à peu près n’importe quelle forme, l’organisation de ce dernier ne dépendant que de l’objectif de l’utilisateur.
  • Travail collaboratif : Les documents intègrent des fonctions de partage, de discussion et de travail à plusieurs (intégrant même la fonction « Hang Out » tout droit venue de Google+) ;
  • Richesse des médias : Comme son prédécesseur, Rizzoma permet d’ajouter image, audio et vidéo aux documents de travail créés soit en intégration directe dans le corps de ces derniers, soit en pièce jointe comme pour un courrier électronique.

Le groupe fondateur lui-même propose des pistes d’usage à destination des enseignants, et des chercheurs ont déjà fait le point sur leurs usages de cet outil (en Anglais), mais il Il est intéressant de noter que ces 3 notions fondatrices sont les mêmes que celles que l’on retrouve potentiellement au sein des Centres de Connaissance et de Culture dont notre profession parle tellement ces temps-ci.

Une convergence entre espaces réels et outils numériques ?

Cette convergence entre outils digitaux et espaces physiques est une tendance que j’ai pu observer depuis plusieurs années : le fonctionnement même des hackerspaces et leur modularité intrinsèque, les concepts de meubles Node de la compagnie Steelcase tendent à émuler dans le monde réel ces caractéristiques.

Dans ce contexte, Rizzoma et les autres outils du même type seraient-il un outil parfait pour de telles structures ? Le parallèle entre l’agencement de ces espaces d’enseignement et le fonctionnement de ces outils de création et de production pourrait en tous cas déboucher sur des perspectives assez intéressantes – et des profils d’élèves et d’étudiants passionnants à accompagner et à observer, nourris à la collaboration, à la prise d’initiative, à une gestion personnelle et instinctive de l’information…Avec des enseignants correctement formés et en quantité suffisante, évidemment.

P.S. : Au moment où j’écris ces dernières lignes, je découvre que la fondation Apache a mis en place une version fonctionnelle de Wave in a Box, plus technique que Rizzoma mais qui mérite qu’on s’y intéresse : inscription gratuite ici.

Une PirateBox au CDI ?

Je suis le projet PirateBox par curiosité personnelle depuis sa création sous les doigts de fée de David Darts en 2011, et avec un intérêt renouvelé depuis que Jason Griffey a modifié le projet pour en faire une LibraryBox en 2012. Outil de partage, de téléchargement et de communication libre, la Pirate Box et ses possibles applications au sein de l’Education Nationale me turlupinent depuis un moment et les expériences relayées par @Silvae m’avaient confirmé il y a quelques mois que oui, ces appareils ont leur place dans notre spécialité et auprès de nos usagers.

Installation de tous les dangers ?

Le Asus EEE sous PirateBox, avec la clef USB qui a servi à l’installation.

C’est la sortie d’une version démarrable directement sur clef USB basée sur le système d’exploitation Ubuntu qui m’a donné envie de plonger les mains dans le cambouis. Pour l’occasion j’ai donc sorti de sa retraite SquEEE, un des premiers ordinateurs de la gamme EEE de Asus, et une clef USB de 8Go achetée en soldes à la dernière rentrée. L’expérience pouvait commencer…

L’installation de la version sur clef USB une fois terminée (un processus assez simple aujourd’hui grâce à des logiciels comme Unetbootin), j’ai pu démarrer directement dessus : basée sur une des versions «maintenance longue durée de Ubuntu», rien de bien spécial de ce côté-là si ce n’est un script d’installation sur la machine elle même : c’était si gentiment proposé que je n’ai pas pu refuser, soucieux d’avoir le maximum de vitesse sur ce matériel maintenant un peu âgé.

Le script de configuration PirateBoxManager, à vot’ service

Premiers pas

Après un dernier redémarrage pour finaliser l’installation et les mises à jour éventuelles, j’ai démarré le script de gestion de la PirateBox et démarré le processus de configuration conformément aux instructions. Même si on entre là dans une configuration en ligne de commande, pas de panique, l’ensemble du processus est simple, vous demandant de choisir [options]. Tout se passe très vite, sans douleur et une fois terminé, il ne vous reste plus qu’à démarrer le service PirateBox depuis le même gestionnaire : dès lors, les usagers autour de vous peuvent s’y connecter en wifi sans avoir besoin de configurer  grand’chose : la PirateBox attribue automatiquement des adresses IPs aux machines connectées, il ne vous reste plus qu’à la page d’accueil dans votre navigateur préféré !

L’accueil de la PirateBox au rapport, ses liens de navigation, d’upload et son chat.

Parlons-en un peu, de cette page d’accueil : super simple, elle ne comporte à la base qu’un logo, 2 liens (un pour télécharger les documents déjà sur la machine, un autre pour y ajouter des ressources) et une fenêtre de chat qui permet aux utilisateurs connectés de discuter ensemble de manière anonyme (ou pas, d’ailleurs). Simple, rapide, efficace, pas moyen de se tromper. La page peut être redécorée comme vous le voulez avec quelques notions de HTML

Et dans les EPLE, quel intérêt ?

C’est bien gentil tout ça, mais ça reste quand même la question principale. Et elle n’est pas innocente : a priori, introduire la notion de piratage à travers une PirateBox dans un établissement scolaire peut faire flipper. C’est normal, mais c’est aussi l’occasion de faire réfléchir élèves comme enseignants à la notion de piratage de la culture à travers un nom volontairement frappant d’un côté et le partage gratuit et légal de ressources de l’autre (le site de la PirateBox propose d’ailleurs un kit de démarrage de culture gratuite à télécharger et ajouter à sa PirateBox). Le premier intérêt, donc : susciter le débat autour de notre rapport à la culture, sa commercialisation et les actes citoyens qui l’entourent.

Autre intérêt, la circulation de l’information et la discussion au sein des établissements. Si le WiFi généralisé dans les établissements scolaires de France est encore un rêve lointain pour des raisons dignes de la bureaucratie vogonne, la possibilité de :

  • fournir aux élèves, directement via leurs ordinateurs portables ou tablettes (comme c’est le cas pour les établissements où sont pratiquées de telles expérimentations) ou via leurs smartphones, de l’information en rapport avec la vie de l’établissement
  • leur permettre de consulter des textes, du son ou de la vidéo complémentaires d’un cours,
  • poser des questions complémentaires à son professeur pendant que le cours a lieu, sans interrompre le cheminement de celui-ci.
  • accéder à un espace où entreposer son travail pour le valoriser (et où permettre aux autres de le lire ou de s’en inspirer) dans le cadre d’activités en classe ou en club (journal, lecture, EPS, informatique…),

Ce ne sont là que quelques idées en vrac, et il est clair que la malléabilité de cet outil a beaucoup à offrir pour peu que la communauté éducative s’en empare. Vous savez ce qu’il vous reste à faire !

P.S. : Un grand merci au FacLab de la faculté de Cergy-Pontoise et ses usagers pour son accueil, la possibilité de s’installer dans leurs locaux pour la rédaction de ce billet, l’ambiance et les chouettes discussions !

« Définir un vocabulaire commun » sur EdTechInsight

Avec l’émergence de nouvelles méthodes d’enseignement et d’apprentissage comme les jeux sérieux ou les expériences transmédiatiques (qui s’étendent de manière complémentaire sur plusieurs média, comme par exemple Inanimate Alice), il devient de plus en plus compliqué de se comprendre – que ce soit pour collaborer ensemble à la construction de ces expériences qui demandent l’intervention de personnes avec des spécialisations et des compétences diverses, ou pour simplement choisir les professionnels qui sauront effectivement apporter un soutien efficace plutôt que ceux qui crachent des buzzwords à la chaîne pour décrocher un contrat. C’est dans cette optique que Laura Fleming propose son article « Defining a Common Vocabulary« , que nous traduisons ci-dessous :

Quand j’ai commencé à écrire sur les expériences transmédia et l’éducation, je me suis rendu compte que la terminologie que j’utilisais n’était pas pertinente de prime abord. Mon objectif initial était d’attirer l’attention sur cette nouvelle manière d’enseigner et d’apprendre, et d’encourager les gens à l’adopter. Graduellement, j’ai vu les articles sur les expériences transmédia et l’apprentissage augmenter significativement en nombre. Je pense qu’il y a à présent assez de matériel à notre disposition pour que nous ayions maintenant besoin de définir un vocabulaire commun. Ces termes, bien que très probablement familiers pour ceux qui appartiennent à la communauté du développement transmédia, sont probablement moins familiers pour les éducateurs. Un vocabulaire commun à tous est important pour nous aider à comprendre les principes centraux des oeuvres transmédia et de l’apprentissage et pour continuer à l’enrichir à partir de ces derniers, qui serviront alors de base. Je ne suggère en aucune manière que ma liste est une liste exhaustive. Ce ne sont que les 10 termes que je pense être les plus significatifs dans ma recherche et dans mon travail d’écriture, et qui m’ont aidé à concevoir un environnement d’apprentissage transmédiatique.

  1. Pervasivité : Connecte le contenu à, et diffuse et étend l’apprentissage dans la vie de tous les jours en permettant à l’apprentissage de prendre place dans n’importe quel environnement, n’importe quand, n’importe où.
  2. Ubiquité : L’apprentissage devient si pervasif qu’il est pleinement intégré et assimilé dans la vie des apprenants.
  3. Interactivité : Rend l’apprentissage vivant en maximisant l’engagenement et en stimulant les esprits des apprenants à travers une participation proactive, qui permet à l’apprentissage de grandir de manière organique.
  4. Transparence : Apprendre en ayant la possibilité d’observer la manière dont d’autres apprennent, et en captivant les autres en étant honnête et clair par rapport à ce que vous faites.
  5. Immersion : Les expériences d’apprentissage impliquent l’ensemble des sens et abattent les limites et les frontières entre enseignant et étudiant, impliquant par là-même la distribution et la prolifération du savoir.
  6. Authenticité : Les structures narratives porteuses de sens et originales impliquent les apprenants et améliorent la profondeur de savoir que les étudiants atteindront.
  7. Fluidité : A travers plusieurs modes de communication et de partiicpation, apprenants et contenu circulent naturellement d’une plate-forme à la suivante.
  8. Responsabilisation : Les apprenants partagent, contribuent et créent en faisant des découvertes à travers leurs propres interprétations, ce qui encourage passion et responsabilité vis-à-vis de leur propre apprentissage.
  9. Engagement : A travers une participation directe, les apprenants s’impliquent dans le contenu et ont une compréhension plus profonde qui leur permet de dériver du sens de leur apprentissage.
  10. Interconnexion : La connexion des plateformes et du contenu encourage le dialogue, ce qui connecte les apprenants avec les apprenants et les enseignants dans le monde entier. Cette interconnexion globale permet le partage collaboratif et la prolifération du savoir.

Enseignante depuis 14 ans, Laura est aussi membre de Classroom 2.0, un site qui fédère les enseignants anglophones qui expérimentent avec les nouvelles technologies et les media sociaux dans les salles de classe.

Minecraft s’invite au collège !

Cela fait un petit moment que j’expérimente avec les jeux dans l’établissement scolaire où j’enseigne, encouragé par le travail de Julien Llanas et ses collaborateurs au niveau de l’académie de Créteil. Dernièrement, c’est à deux petits phénomènes de l‘indie gaming que je me suis attaqué avec Manic Digger et  Minecraft. Ces jeux super simples à base de « briques »rappelant les Lego, ils rencontrent un sacré succès à une époque de surenchère de graphisme et de gameplay : Science et Vie Junior lui a d’ailleurs consacré 4 pages dans son numéro 259!

Histoire de rester dans la simplicité, j’ai choisi de déployer sur certains ordinateurs du CDI une version de développement de Manic Digger : bien qu’encore dans les premières étapes de son développement, le jeu offre déjà quelques fonctions intéressantes et mérite qu’on s’y intéresse et le faible nombre de fonctions, ajouté à sa facilité d’utilisation, le rend plus facile à prendre en main que Minecraft pour le moment (et en plus c’est gratuit).

J’ai donc attrappé au vol 2 de mes Anonymousses (les élèves avec lesquel j’ai travaillé toute l’année en leur apportant un petit coup de pouce théorique et pratique pour leurs projets en informatique et électronique), leur ai montré comment créer et casser des cuboids dans le décor et rien d’autre…Et les ai laissés aux commandes d’un même ordinateur pour deux, avec pour seule consigne de faire équipe et de faire ce qu’ils voulaient avec le jeu – pour repasser une heure plus tard et voir comment ils fonctionnaient et ce qu’ils avaient fait. Et en seulement une heure, déjà quelques constatations !

Coopération ne veut pas dire « jouer à tour de rôle »

Après remarqué contrôle souris + clavier, les élèves ont reconfiguré les touches pour qu’elles leur conviennent mieux puis se sont distribué les tâches : un au clavier pour les déplacements, l’autre à la souris pour l’orientation générale et la création ou destruction de blocs alors. A voir si on retrouve le schéma plus tard (deux élèves qui se connaissent depuis un moment, peut-être influe sur choix).

Poster "Never dig straight down" par Comical Concept

Vers le sous-sol et au-delà !

Autre chose que les 2 élèves ont testé dans les premières minutes après le lancement : creuser tout droit dans le sol ! Ce qui dans Minecraft les aurait promis à une transformation en viande à kebab rôtie à point s’est soldé par un simple arrêt forcé au niveau du sol dans Manic Digger…Et l’obligation de trouver un moyen de remonter leur a permis de chercher à comprendre comment monter des colonnes, ainsi que l’utilité du Noclip, une option qui permet de passer à travers le décor comme dans du beurre.

Chercher les limites du terrain de jeu, du moins en profondeur, est apparemment quelque chose qu’une grande partie des joueurs de Minecraft débutants ont en commun, au point que Comical Concept ait pondu le poster ci-dessous. David-Julien, un copain journaliste qui a récemment pondu un dossier sur Minecraft (vous pouvez le retrouver dans Science et Vie Junior ###), explique que beaucoup de nouveaux tentent ça – alors qu’il y a plein de raisons de ne pas le faire (dont la plupart ne sont pas évidentes quand on commence à jouer, cf. le wiki officiel) !

Et une heure de jeu/travail plus tard...

 

Mode Bob le Bricoleur : ON

Si dans Minecraft en mode solo construire un abri quelconque est une question de survie à cause des mobs qui viennent vous grignoter les orteils à la nuit tombée, ce n’est pas le cas dans Manic Digger – et pourtant après avoir creusé droit dans le sol, c’est à cette tâche que se sont consacré les Anonymousses. Je ne sais pas pourquoi non plus, et eux-même n’ont pas su l’expliquer – peut-être la faute à la texture de brique de certains cuboids disponibles dès le début du jeu ? A explorer…

Et au final, quel intérêt pour les élèves ?

Pour certains, les jeux n’ont pas leur place à l’école. Pour d’autres, seuls certains jeux à l’intérêt pédagogique clair y ont droit de cité. Pour ma part, tant que l’accompagnement pédagogique adapté est là, je pense que tout jeu peut être intégré à l’environnement scolaire et Minecraft et Manic Digger ne font pas exception.

Entre les possibilités de reconstruction de monuments historiques, de création de bâtiments originaux et les concepts mathématiques qu’il est possible d’aborder à travers ces jeux (distances, surfaces, volumes), en voilà deux qui auront clairement une place dans votre cursus si vous prenez le temps de les y intégrer harmonieusement : pour ce qu’ils peuvent apporter. La possibilité de déployer un serveur sur une machine du réseau informatique auquel tous les élèves peuvent se connecter pour participer ensemble à un même projet est aussi un bel avantage : vous pouvez trouver toutes les informations à ce sujet sur le wiki de Manic Digger et celui de Minecraft.

Amusez-vous bien !

Privé d’Intertice ? Pas de problème, il y a Twitter !

Il y a quelques mois de cela, j’ai trouvé un tweet particulier dans ma timeline qui m’a fait très plaisir : Michel Guillou y annonçait l’ouverture des inscriptions au colloque sur les médias numériques dans le cadre d’InterTICE, qui nous offre régulièrement l’occasion de se réunir entre professionnels des sciences de l’information pour une série de conférences et de partager points de vue, théories et bonnes pratiques sur différents sujets. Tout content d’être parmi les premiers inscrits, j’ai déchanté quand à l’approche du rendez-vous au CRDP de Marly le Roy je me suis rendu compte que faute de sous, je ne pourrai pas me rendre sur place et participer…

Et puis je me suis souvenu que les organisateurs d’InterTICE ont la main numérique, et avaient prévu une solution de remplacement et de complément pour ceux qui ne pouvaient pas se rendre sur place et ceux qui voulaient débattre avec des personnes hors les murs : un tweetwall ! Alors je vous laisse découvrir les réflexions faites ce jour-là avec le hashtag #InterTICE sur Twitter – et ajouter quelques commentaires sur les quelques tweets auquel j’avais commencé à répondre avant de rendre les armes devant le flux (et face à l’implacable manque de batteries, j’avoue !).

On attaque avec un tweet de @jyaire sur le rapport entre élèves et enseignants :

« Le journaliste doit perdre sa posture d’expert ». Et si on faisait la même chose avec l’image du prof ?

Ces dernières années à travers des expériences menées par l’Institute for the Future en Californie et conçues par Jane McGonigal et son équipe, j’ai pu tester à plusieurs reprises le travail collaboratif à plusieurs dans un environnement où la « hiérarchie » est très floue,et où tous quel que soit leur âge sont tour à tour sur un pied d’égalité ou dans une position d’apprenant ou d’enseignant : ce genre de réseau à hiérarchie « liquide » basée sur les besoins de la communauté pour atteindre un objectif, je l’ai mis à profit dans le cadre d’un projet né de la demande d’un petit groupe d’élèves passionnés d’informatique et d’électronique à la recherche d’un enseignant pour leur donner les bases de la culture de ces domaines technologiques et les aider dans leur projet en mettant certains élèves dans la position de professeurs non seulement auprès des autres mais aussi de moi-même, dans le cadre de certains projets qui nécessitaient des compétences que je n’avais pas. Résultat ? Un sacré choc pour certains qui n’en revenaient pas de voir un élève de 5ème ou de 6ème donner des cours de modélisation 3D ou d’électronique à un adulte et dans les séances de  travail suivantes, l’entraide entre les élèves s’en est trouvée renforcée car chacun s’est senti capable, puisqu’un adulte l’avait fait, de mettre de côté ses réticences à chercher un secours ou des connaissance auprès d’un autre membre de l’équipe.

Ce travail autour des hiérarchies liquides et « horizontales » (par opposition à un modèle « pyramidal »), on le retrouve d’ailleurs dans les établissements expérimentaux comme le Lycée Expérimental de Saint-Nazaire qui fonctionne sur le principe de la co-gestion : les ateliers pédagogiques conçus et enseignés à la fois par les groupes d’élèves et des représentants de la communauté éducative en sont, de ce que j’ai pu lire à ce sujet (non seulement sur Wikipedia mais aussi dans Science et Vie Junior, qui lui a consacré en 2008 un article) me fait penser qu’il y a là une voie à explorer non seulement dans la conception des cours et le rapport aux élèvees, mais aussi par rapport au nombre de ces derniers dans un établissement scolaire. Pas de bol pour les documentalistes, renseignement pris auprès d’établissements similaires en région parisienne, ces derniers n’ont souvent pas les dotations horaires qui leur permettraient de s’ « offrir » un enseignant-documentaliste à moins que celui-ci n’enseigne en parallèle une matière classique…

Toujours sur la thématique des élèves qui inspirent les modes de fonctionnement dans l’établissement scolaire, on enchaîne sur un tweet de @2vanssay :

On ne peut déontologiquement ignorer les outils que les élèves utilisent, ce serait idiot et dommageable

Je suis d’accord à bien des égards, dans la mesure où les règles du jeu sont clairement fixées avec les élèves dans le cadre de leur utilisation au sein de l’établissement scolaire – à la manière de @frompennylane avec ses élèves qui tweetent à l’école suivant une charte bien précise : tant que les choses se font dans la transparence et la confiance entre l’élève et l’enseignant, je ne vois pas de raison de refuser l’utilisation de ces outils. Dans le collège où j’exerce, j’ai eu à réfléchir à l’intégration à la fois des téléphones portables que tous les élèves ou presque possèdent maintenant et dégainent constamment d’un côté, et des réseaux sociaux (Facebook en tête, Twitter étant encore relativement délaissé) sur les ordinateurs disponibles au CDI. Au lieu d’interdire l’un comme l’autre complètement (ce qui m’aurait permis de coller à la lettre au règlement intérieur mais m’aurait aussi fait perdre la plus grande partie d’une heure à courir après les contrevenants), j’ai préféré mener d’un côté un sondage anonyme auprès des élèves pour leur permettre de me renseigner sur les capacités de leurs téléphones et éventuellement pouvoir proposer des utilisations pédagogiques ou ludiques à ces derniers tant qu’ils demandaient la permission d’utiliser leur terminal. Après tout, si écouter de la musique leur permet de mieux se concentrer (ça marche comme ça pour moi et pas mal de collègues) et tant qu’ils ne gênent pas les autres grâce à une paire d’écouteurs et un volume raisonnable, why not ?

Côté réseaux sociaux, j’ai abordé le problème du côté de la sécurité de l’information : après avoir démontré aux élèves qu’avec une mauvaise utilisation les comptes Facebook et les adresses électroniques personnels sont facilement accessibles pour peu qu’on oublie de faire le ménage derrière soi et de se déconnecter (un oubli qui peut arriver à n’importe qui, que ce soit au collège, ou chez un copain, ou dans un cyber-café), j’ai pu en former certains à l’utilisation de clefs USB avec une suite Framakey ou Portable Apps prêtes à l’emploi (le tout parfois directement stocké sur la mémoire interne de leurs téléphones portables). Que demande le peuple ? Peut-être que la réplique de @dawoud68 est un début de piste :

Et si l’important n’était pas le débat sur les outils d’information mais sur les outils de PENSER l’information ?

On passe souvent beaucoup de temps entre professionnels à discuter de l’impact de telle ou telle technologie, de tel ou tel site sur le travail que nous autres enseignants et enseignants-documentalistes avons à mener chaque jour mais téléphones portables, QR Codes, iPads et tableaux numériques ne sont que les outils dont nous nous servons et ils ne sont pas plus utiles qu’un cale-portes et pas plus novateurs qu’un poste à galène si nous ne savons pas ce que nous voulons obtenir d’eux quelles que soient leurs limitations – voulues par leurs concepteurs ou intrinsèques au matériel qui les compose !

Et vous, tout ça, ça vous inspire ? Si oui, vous savez quoi faire – le débat sur Twitter par le hashtag #intertice est toujours ouvert !

jyaire : « Le journaliste doit perdre sa posture d’expert ». Et si on faisait la même chose avec l’image du prof ? #onyvient #intertice – 7 heures 23 min

Stagiaire … surfer pour se former

Comme promis, chose faite ! Voici le deuxième bulletin pour un bon usage de l’internet dans le cadre de notre métier de prof-doc. Les ressources sont nombreuses et donc par là même chronophages, je vais tenter de vous proposer quelques sites qui, personnellement,  font partie de mes favoris sur mon navigateur. L’intérêt étant pour vous, d’en faire une approche critique et de choisir l’usage que vous allez en faire par la suite.

Avant tout voilà comment j’ai réfléchi en élaborant ce billet : Sur le Net, les informations sont disponibles dans tous les outils utilisés, ce qui nécessite de notre part une mise à jour en continu des nos compétences. Cela implique notre formation initiale à chacun, notre autoformation, mais aussi la formation continue institutionnelle ( le PAF, qui devient peau de chagrin ces temps-ci ) à celle échangée avec nos pairs ( journées de district par exemple ) .

Ainsi donc, commençons par un netvibes consolidé par tuteurs et élèves : c’est l’une des références pour faire un panoramique des sites et partenaires indispensables. Par ailleurs, nombreuses disciplines sont recensées, ce qui offre la possibilité d’ébaucher une sitographie pour les collègues ( rapport à la dernière circulaire où nous sommes qualifiés de professeurs  » fort de notre expertise » en ENT et ressources en ligne à partager avec l’équipe pédagogique ).

Mutualisons, mutualisons… Profitez des listes de documentalistes qui font circuler des interrogations très souvent percutantes quant à l’évolution de la technicité de Google : dorénavant, par exemple, une recherche entre guillemets répond par des résultats moins fiables que sans les mettre !!

On continue du côté des sciences de l’info. Un blog généré par un bibliothécaire fort sympathique qui ratisse large, parcourt les « libraries » du monde pour enrichir sa page de vagabondages : « Vagabondages est un blog sur le monde des bibliothèques et les Sciences de l’information. Il est tenu par Thomas Chaimbault, bibliothécaire responsable de formations dans un établissement d’enseignement supérieur lyonnais » ( éditorial de son blog ). En parcourant son blog, vous vous apercevrez des inventions portant sur les métiers du livre, leur avenir, leurs talents, les projets mégalomanes de Google y sont décortiquée avec soin également. Thomas C. ne manque pas non plus d’humour et repère les comic strips et pubs qui nous représentent !


Et enfin…

Dans le domaine de l’éveil critique des élèves, et plus spécifiquement de la société et la culture numérique, je vous conseille le site de data-journalisme OWNI. Cet objet du web non identifié, varie sa page d’accueil toujours avec une créativité de photoshopeur qui jongle entre le cartonnesque et le cynisme. Pour ma part, dans ma Ville Rose, mes élèves le comptent parmi leurs sources en ECJS ou TPE. Car la particularité louable d’OWNI réside dans la persévérance à étudier leur sujet sous toutes ses facettes.

Think global.

 

90 secondes pour un(e) documentaliste

[french][/french][english][/english]
[french]Cette semaine du 13 au 16 Mai 2008, c’est la fête de l’Internet ! Je sais, ce n’est pas bien étonnant que j’en parle puisque j’ai la réputation d’être un fana d’informatique auprès de mes collègues…Mais quoi qu’on en pense, les TICE (utilisées de manière correcte et sans enthousiasme exagéré) ont, je pense, quelque chose d’intéressant à apporter à nos pratiques, ne serait-ce qu’en termes de mutualisation des connaissances et de convivialité.

Bref, au menu pour cette semaine de l’Internet, ateliers de création et débats en région parisienne mais surtout, vos créations à tous qui alimenteront le débat du 17 Mai au sénat. Alors au travail ! Pour l’occasion, pourquoi ne pas monter une vidéo ou un podcast (pardon, une ballado-diffusion !) basé sur le contenu de votre site histoire de mettre à l’épreuve ces outils que l’on nous vante si souvent mais que nous n’utilisons pas toujours ?

J’ouvre le feu avec un groupe sur YouTube – 90 secondes pour un documentaliste – pour le lancement de cette semaine de l’Internet, et je vais aussi essayer de monter des podcasts avec les élèves du collège cette semaine. N’hésitez pas à rejoindre le groupe, à enregistrer votre propre vidéo avec un appareil photo, une webcam, une vidéo caméra, ce qui vous passe par la main du moment que vous pouvez vous enregistrer et nous dire ce que c’est, selon vous, un documentaliste aujourd’hui !

[/french][english]English version coming soon ![/english]

Hypertexte, râleries et high-tech

Ce que j’aime beaucoup avec Internet, c’est que par le jeu des liens hypertextes d’un site à un autre, on peut arriver à trouver des petites perles. Du coup aujourd’hui, en sautant d’un flux RSS à un site internet, je suis tombé sur le site de Annoyed Librarian, riche en coups de gueule et cynisme avec un filet de citron, s’il vous plaît – j’adore. Cet article (qui traite de l’attrait irraisonné que peuvent exercer sur nous les toutes dernières nouveautés prêchées par le « culte des Twopointopiens », et du cycle interminable des « next best things ») me touche plus particulièrement aujourd’hui, car il me rappelle certaines de mes réactions pendant ma formation de documentaliste. Heureusement, si la passion pour la haute technologie et la curiosité s’est transmise intacte de mon papa à son fifils, j’ai aussi eu la chance d’y ajouter une petite dose de circonspection au fur et à mesure que les technologies révolutionnaires se succédaient. Aujourd’hui, même si j’aime beaucoup me tenir informé des dernières nouveautés et gadgets dans les domaines du high-tech, je ne m’attarderai pas dessus très longtemps si je ne trouve pas d’application viable à en tirer ; j’ai enfin appris à considérer la technologie comme un moyen et pas comme une fin !

Ces derniers temps, il y a deux technologies qui ont retenu mon attention suite à leur retour en force dans les media et pour lesquelles, à une autre époque, j’aurais complètement craqué : la réalité augmentée d’un côté, et les e-books de l’autre. Pour ces derniers, malgré l’abondance de publicité à leur sujet depuis fin 2007 – entre le lancement du Kindle d’Amazon (premier prix du design le plus moche de l’année) et du Cybook troisième génération – mais vu le prix, l’autonomie et surtout la direction qu’est en train de prendre l’industrie du livre concernant la publication de livres électroniques, ce n’est pas tout de suite que je vais laisser tomber mes livres à autonomie illimitée, sur lesquels je peux griffonner des notes et que je peux facilement prêter à mes copains au lieu d’avoir à me débattre avec des Digital Rights Management sur un livre acheté en ligne ! Dire qu’en 2007, on nous avait aussi fait miroiter un papier électronique flexible et en couleurs…On est encore loin des journaux papier animés de la série Firefly ou des films de la série Harry Potter.

Pour revenir aux livres électroniques « d’aujourd’hui » et au verrouillage informatique dont ceux-ci seront peut-être victimes (désolé, je n’arrive pas à formuler les choses autrement) à la manière de ce que l’on peut voir sur les plateformes de vente de musique en ligne, il serait intéressant de voir si de tels documents pourraient trouver leur place dans les bibliothèques municipales et les Centres de Documentation et d’Information. Pourrait-on prêter des livres ou des magazines électroniques ? Pourrait-on même seulement les consulter ? Si oui, un accord financier avec les maisons d’édition serait peut-être (sûrement) un point de passage obligatoire…Mais à quel prix ?

Pardon ? « Et la réalité augmentée, alors ? » Ah, pour ça j’ai commencé à travailler à quelques applications avec AMIRE – une solution gratuite et open source développée il y a quelques années et qui suffit largement pour ce que j’ai pu bricoler avec depuis que je suis tombé dessus. Je me ferai un plaisir de vous proposer un tutoriel à ce sujet d’ici peu, promis !

FlickR se met à la vidéo (et CDImagination aussi)

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[french]Le service d’hébergement de photographies en ligne FlickR vient de se mettre à la vidéo. Ce n’est pas pour autant que ce site (qui appartient à Yahoo!) se pose en concurrent de YouTube : en effet, FlickR ne veut apparemment pas trop s’écarter de son offre de base et limite donc la durée des vidéos soumises à 90 secondes – le but est donc de proposer des « photos films-tranches de vie », pas le dernier blockbuster piraté à coup de caméra mini-DV. Dans la foulée, la taille des fichiers que l’on peut héberger sur le site a été doublée pour permettre aux utilisateurs de ne pas épuiser les ressources de leur compte trop vite.

Mais qu’est-ce que ça peut nous apporter, me direz-vous ? C’est pourtant simple : pour un CDI l’utilisation de FlickR c’est la possibilité d’héberger sans se soucier de problèmes matériels les photographies prises dans le cadre de votre travail et de les partager avec d’autres professionnels ou avec vos élèves. Une autre manière de communiquer avec votre public-cible donc, plus seulement par l’écrit mais par l’image (et oui, il y a un compte FlickR pour CDImagination.net, même si il est un peu vide pour l’instant).

Et tant qu’on est sur le sujet des vidéos, si vous jetiez un oeil sur ma chaîne sur YouTube ? La série des « Celui qui parlait de… » devrait vous intéresser ![/french]

[english]English version coming soon ![/english]