Faire un pari

Une de mes résolutions de nouvelle année sur mon site personnel se retrouve ici : ne plus hésiter à commenter sur les articles que d’autres mettent en ligne, ou les analyser en profondeur ici-même. Alors on commence avec cet article de Martin Bélanger sur le pari de l’intelligence et l’accès à Internet ! Les thèmes de l’article (la régulation de l’accès à Internet et la confiance que l’on peut accorder à ses élèves) me turlupinent depuis plusieurs années.

La régulation de l’accès à Internet au sein des établissements scolaires tout d’abord : si je peux comprendre la nécessité de réguler dans une certaine mesure l’accès de tel ou tel site par nos élèves, je pense que les bloquer purement et simplement n’est pas la meilleure des solutions et ce pour plusieurs raisons.

La régulation de cet accès se fait plus ou moins souvent sans la consultation des enseignants utilisateurs du même établissement, ce qui peut les priver d’opportunités pédagogiques ou de matériel d’enseignement pour leur travail avec les élèves. Exemple caractéristique : je me sers souvent de la chaîne spécialisée YouTube EDU pour préparer certains papiers ou certains débats avec mes élèves mais hélas, quand je veux en faire profiter les élèves ou mes collègues depuis le réseau de notre établissement (ou même partager avec eux certaines de mes propres vidéos) ce n’est pas possible, parce que « ce site ne présente pas d’intérêt pédagogique » (le site parent YouTube a en effet été bloqué par les autorités académiques). Le problème vient ici de l’ampleur du site concerné : il est clair qu’une bonne partie du contenu de YouTube n’a pas d’intérêt pédagogique clair (ça peut être très différent dans le contexte d’un cours bâti par un enseignant), mais les sections spécialisées de ce site sont du coup inexploitables par les professionnels de l’éducation. Vu l’énorme travail de veille qu’il faudrait effectuer pour autoriser les accès à certains contenus mais pas à d’autres, les autorités responsables se retrouvent face à deux alternatives : prendre le risque de ne rien verrouiller, ou tout verrouiller.

Autre problème : celui de l’internalisation des règles et de la responsabilisation des élèves. Une fois que de telles mesures restrictives ne sont plus entre l’élève et Internet, il n’y a plus rien pour l’empêcher de se mettre en danger et de mettre en danger, ou de perdre les droits à son image ou ses créations : ce ne sont que des solutions à court terme, qui dégagent l’établissement scolaire et les enseignants de leur responsabilité d’éducateur vis-à-vis de ce territoire d’exploration. Une solution à long terme serait de donner à nos élèves les outils qui permettent de savoir aller partout et de savoir faire la part des choses une fois « sur place » : une fois les explications de la présence de ces outils expliquées et internalisées par les élèves, il ne devrait (en théorie) plus y avoir besoin de maintenir en place les barrières qui encadrent nos élèves.

Je ne doute pas que Martin est bien conscient que c’est avec des élèves les plus lucides possibles qu’une telle politique peut être appliquée : j’en suis tout aussi conscient et il me suffit de comparer les idées si encourageantes que nos élèves peuvent exprimer avec les retombées effectives de ces débats pour me rendre compte que cette lucidité devrait être accompagnée et nourrie continuellement pour porter ses fruits – ou alors, que la détermination portée par nos élèves soit si forte qu’elle puisse s’opposer aux pressions d’un environnement à base d’hormones, de baskets, de casquettes, de téléphones portables, de maquillage, de coiffure et de regards. Mais ce n’est pas parce que c’est difficile qu’il ne faut pas tendre vers un tel idéal de lucidité : l’enjeu, au-delà de la sécurité sur Internet, est d’aider les élèves à se rendre disponibles pour l’apprentissage qui les attend tout au long de leur vie, pas seulement dans le système scolaire.

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