
De gauche à droire : Gilles Dowek, Jean-Pierre Archambault, Jean-Pierre Demailly, Roberto Di Cosmo et (un tout petit bout de) Hervé Le Crosnier.
Dans un billet précédent, je vous parlais des stands de professionnels et de produits qui sont à InterTICE cette année. Mais le point-phare d’InterTICE chaque année, pour moi, ce n’est pas le shopping – aussi passionnants les derniers progrès technologiques soient-ils – mais les conférences et les tables-rondes. Je suis retourné au CNIT hier pour la dernière rencontre avec mes collègues du dispositif 3D (dont notre Frédérique doc de choc) pour cette année, avant d’enchaîner sur 3 de ces conférences (et oui, j’en parlerai ici !). Mais j’ai déjà pu m’installer dans le public d’une des tables-rondes du Lundi 10, ayant pour thème la culture scientifique et la culture informatique.
Réunissant le mathématicien Jean-Pierre Demailly avec les informaticiens Gilles Dowek, Roberto Di Cosmo et Hervé le Crosnier autour d’une table animée par le chargé de mission au CRDP et au CNDP de Paris Jean-Pierre Archambault, les invités se sont interrogés sur la baisse de niveau de « l’école française » malgré la bonne place qu’elle occupe encore sur la scène internationale. Quelle peut être la raison de cette baisse ? Certains des invités évoquent l’accent mis dans l’éducation classique sur la résolution de problèmes déjà posés, plutôt que la création (ou modélisation) de problèmes.L’une des solutions suggérées est un véritable enseignement de l’informatique qui commencerait dès le plus jeune âge et qui ne se limiterait pas à un enseignement qui ne serait pas limité à une activité dirigée uniquement par des buts, par une quête de l’opérationnel mais motivée par la volonté de comprendre.
Cette compréhension du fonctionnement de l’outil informatique et des logiciels passe pour les invités par la promotion des logiciels libres qui se prêtent à l’analyse du code-source par tous et permettent d’illustrer les théorise enseignées. C’est aussi une chance pour les citoyens de comprendre les outils qui, ces dix dernières années, ont eu un impact sur la société jamais observé avant et qui aujourd’hui permettent de garantir des droits tels que les libertés d’expression, le droit à la vie privée via les outils de chiffrements, le droit de vote à travers le fonctionnement des machines de vote utilisées dans certains pays par exemple – et la chance de comprendre les dizaines d’actions difficilement observables générées par un simple clic sur la Toile. Pour les scientifiques, c’est la possibilité de comprendre les outils informatiques qu’ils utilisent au-delà de la simple fonction de simulation qui a pris tant d’importance dans ce domaine. Si les scientifiques ne parviennent pas à comprendre la manière dont fonctionnent leurs outils, alors le risque de faire de la « pseudo-science » théorisée devient trop grand.
Les enjeux sont donc nombreux, et le problème de la formation se pose : en effet, en l’absence d’un CAPES en informatique, quels enseignants seraient à même de transmettre un enseignement en au-delà de la simple utilisation et de la matière ou de la discipline avec laquelle ils ont le plus d’affinités ? Ce nouvel enseignement enrichi et remis au premier plan ne doit pas seulement faire appel à des notions scientifiques, mais à des notions de linguistique, d’ingénierie, d’ingénierie, d’algorithmes et d’éthique : il faut donc des enseignants capables de parler de ces 4 concepts également, et de transmettre une éducation complète et humaniste conforme aux valeurs que nous avons héritées du « siècle des lumières » : une éducation qui en somme transmet la curiosité, encourage la compréhension des phénomènes fondamentaux dans tous les domaines et incite les citoyens à développer leur méfiance et leur sens critique.
—
C’est ici que s’arrête le compte-rendu, mais c’est ici aussi que commence la réflexion !
J’avais écrit il y a quelques temps sur la conduite éthique et responsable d’un fonctionnaire de l’Etat et dans le contexte d’un gouvernement qui déploie coup sur coup les lois DAVDSI, HADOPI et alors que l’ACTA pointe le bout de son nez, une telle table-ronde et les thèmes qui s’en dégagent font que je me pose encore plus de questions sur cette thématique de l’action au service d’un état et/ou de son gouvernement. L’intérêt de nos citoyens présents et futurs prend pour moi le pas sur les attentes du gouvernement en place (qui de toutes façons quittera la scène dans quelques années), et dorénavant je m’en tiendrai à cette ligne de conduite auprès de mes élèves. Plus question de les écarter de telle ou telle technologie dans le doute de l’utilisation qu’ils pourraient en faire ! Par contre, j’insisterai encore plus sur l’importance d’une éthique de l’utilisation d’Internet et des nouveaux media.
Pour ceux d’entre vous qui suivent ce blog depuis un petit moment maintenant, vous avez pu voir que le thème de la reconversion professionnelle avait pointé le bout de son nez dans quelques billets ici et là ; à la lecture des interrogations des participants à la table-ronde sur les futurs enseignants en informatique, qu’avez-vous pensé ? Si vous êtes comme moi, il y a au moins quelques enseignants-documentalistes orientés web et nouvelles technologies qui vous sont venus à l’esprit. Peut-être que pour certains d’entre nous, notre place se trouve dans cette nouvelle discipline encore à éclore ? Si c’est bien le cas, allons-nous vers une séparation des fonctions avec des enseignants en informatique/sciences de l’information d’un côté et des bibliothécaires de l’autre ? A moins que l’on assiste à un doublement des postes dans chaque établissement pour que les enseignants-documentalistes en poste pour pouvoir assumer, à tour de rôle, toutes les taches qui importent dans un Centre de Documentation et d’Information ?
Je vous engage fortement à tous réfléchir à ça et à partager le résultat de vos réflexions dans les commentaires ! N’oubliez pas d’aller voir les travaux de l’équipe de l’EPI et leur bloc-note sur l’enseignement de l’informatique et des TIC.