Ouverte avec un passage du discours du président Barack Obama à la remise des diplômes de l’Hampton University, cette table-ronde animée par David Abicker regroupait Alice Antheaume, Eric Scherer, Renaud Edouard-Baraud et Pierre Haski. Ensemble, ils se sont concentrés sur trois grands thèmes après avoir rapidement commenté la vidéo d’ouverture : aujourd’hui sur Internet, comment bien chercher et se documenter, comment bien lire et bien vérifier ses informations, et comme bien écrire, seuls ou ensemble ? L’un des enjeux majeurs de notre époque est en effet d’aider écoliers, élèves et étudiants à intégrer l’utilisation des réseaux sociaux à leur apprentissage, au-delà des discours qui discréditent les outils en ne prenant pas compte des comportements des utilisateurs. Une tâche d’autant plus difficile que le flux d’informations auxquels tous doivent faire face est désormais continu.
Comment se renseigner et se documenter à l’heure d’Internet ? Pour les invités, les solutions passent par une utilisation pertinente des moteurs de recherche (et pas l’usage simpliste que l’on peut en avoir, Digital Native ou pas) et l’utilisation de comptes Twitter organisés suivant les régions ou les domaines sur lesquels on souhaite être informés, puis mis en forme par des extensions comme Feedly. Ce système d’information détrône même pour certains les flux RSS et la lecture de mails matinale – même si il implique un important travail de croisement et de validation des informations !
Les outils journalistiques dont le public a pris possession à travers Internet sont très puissants – mais le manque de media litteracy pose le problème d’une formation indispensable, même chez les plus jeunes. C’est là un des points communs entre journalistes et enseignants : les deux professions ont pour mission de réduire le bruit qui entoure l’information, de mettre cette dernière en perspective. Pour les étudiants, cela passe par des cours mêlant ingénierie et journalisme pour une génération de “journalistes geeks” ; à l’école, les choses sont un peu plus difficiles – on sait y parler de la presse, mais pas encore bien y parler d’Internet. Les invités proposent d’explorer des activités permettant de comparer entre eux le contenu et les codes couleurs de différents sites, tirant parti de la sensibilité des jeunes à ces caractéristiques.
Elèves, étudiants et professionnels ont tous besoin de parfaire leur maîtrise de ces outils qui si ils sont puissants, ne nous mettent pas forcément à l’abri d’erreurs : le risque de ce que Pierre Haski appelle un “Timisoara numérique” – un événement enflé par une rumeur numérique qui dépasserait toutes les proportions – est bien réel et ni les rédactions, ni les professionnels n’en ont pour l’instant pris pleinement conscience. Une éducation à ces media encore nouveaux et à la lecture et à la validation de l’information pour tous les utilisateurs (auteurs, comme lecteurs) et sous toutes les formes qui aident à la contextualisation (texte, image, représentations infographiques et cartographiques) est donc d’autant plus importante.
Les différents media disposant sur Internet de la même palette d’outils, les différences entre les sites de ces derniers tendent à s’effacer et les anciennes “catégories” auxquelles ces derniers appartenaient ne se justifient plus de la même manière que par le passé. Parallèlement, l’attention des utilisateurs (à peu près équivalente à 3 feuillets pour un billet) et la taille des écrans (à l’heure des iPads et à l’approche de la révolution des tablettes à encre que la Chine devra perfectionner pour faire face à une crise du support papier) ont aussi leur rôle à jouer dans la consommation de l’information par les utilisateurs.
Que ce soit dans le journalisme ou dans l’éducation, les réseaux sociaux prennent une importance croissante. Ces derniers conduisent-ils à de nouveaux réflexes vis-à-vis de la lecture et de l’écriture ? Alice Antheaume convient qu’élèves comme étudiants ne devraient pouvoir se servir de Twitter que pour l’intérêt de la classe entière – une règle de base simple. Les règles dans le journalisme comme dans l’éducation ne sont cependant pas encore coulées dans le bronze – l’AFP par exemple, propose simplement des guidelines pour l’utilisation de Twitter alors que certaines rédactions interdisent tout simplement l’utilisation de Twitter à leurs journalistes. Au final, apprendre au fur et à mesure des publications reste la meilleure approche pour le moment.
Du côté des professionnels, les réseaux sociaux et la publication sur Internet influencent leur pratique professionnelle différemment : ils effacent la vie de bureau qui s’achève à 5 heures, un phénomène qui touche tous les media. Pour David Abiker et Pierre Haski, ils marquent aussi une vraie révolution – l’irruption du lecteur dans le processus d’écriture !

