Photo sous licence CC By-NC-SA Pitch Up & Publish 1 par gileslane
Fin 2008, alors que j’étais à la recherche d’une plateforme de dffusion de contenu un peu originale pour nos élèves, je suis tombé sur le site de Proboscis, un studio d’artistes britannique qui explore les problématiques artistiques, créatives, culturelles et sociales qui nous entourent. Certes ça vous fait une belle jambe, mais il se trouve que cette équipe a aussi accouché d’un bébé très intéressant, Diffusion : sous forme de Diffusion eBooks ou de StoryCubes à monter soi-même, tous ceux qui ont accès à l’outil de création en béta fermée pouvaient créer des documents sous un format original.
Il y a quelques semaines, Giles Lane m’a proposé de tester en situation les Bookleteers, nouvelle implémentation des Diffusion eBooks et de l’outil de création qui va avec : il est possible d’uploader directement un fichier PDF créé avec votre traitement de texte ou votre logiciel de mise en page favori à partir des modèles vierges fournis, et la plateforme se charge du reste. Il ne vous restera plus qu’à monter le livret vous-même avec une paire de ciseaux ou un cutter !
J’ai jusqu’ici utilisé les Bookleteers de 2 manières avec mes élèves. Tout d’abord comme support d’information pendants les cours – tutoriels, instructions pour les chasses au trésor/initiations au CDI des élèves de 6ème, informations – et j’entame cette semaine un nouveau test en mettant les élèves dans nos chaussettes : à partir de Bookleteers vierges, ce sont eux qui vont nous suggérer quels documents créer et quelles informations transmettre. J’ai hâte de voir le résultat – et surtout, j’espère pouvoir en envoyer un compte-rendu à Giles à temps pour la prochaine édition de Pitch Up and Publish, un événement organisé régulièrement par l’équipe de Proboscis où les gens peuvent venir publier leurs propres livrets avec l’aide des organisateurs !
Photo sous licence CC-by "Writing exams" par ccaristead sur FlickR
Il y a quelques temps, Docs pour Docs a publié les détails des épreuves du concours externe du CAPES de documentation pour l’année à venir et à l’occasion de notre dernière réunion dans le cadre du dispositif 3D, Frédérique et moi en avons profité pour nous pencher un peu plus sur les détails de cette épreuve. C’est un des passages du texte qui nous a intrigués, et qui a donné ce titre au billet que vous lisez aujourd’hui – « Agir en fonctionnaire de l’Etat et de façon éthique et responsable ».
J’ai trouvé l’ambivalence du sujet intéressante parce qu’il peut être compris de deux manières différentes par les candidats : deux manières d’envisager notre mission auprès de nos élèves quasiment à l’opposé l’une de l’autre.
D’un côté, le sujet peut faire référence à un fonctionnaire de l’Etat qui suit des directives gouvernementales que l’on estimera par nature « éthiques et responsables » : puisque l’Etat devient garant et dépositaire d’éthique et de responsabilité, un des rôles du professeur-documentaliste alors d’encourager les élèves à suivre des comportements qui vont dans la direction encouragée par le gouvernement. Le genre de situation problématique pour des enseignants dont le travail consiste (entre autres) à aider les élèves à développer des capacités d’observation et de déduction indépendantes (et je connais peu d’enseignants dans notre discipline qui seraient à l’aise avec une telle direction) !
De l’autre, on peut comprendre la situation de l’enseignant-documentaliste en exercice comme un pont entre les attentes gouvernementales d’un côté, et les notions d’éthique et de responsabilité qui ne se soumettent pas aux demandes de l’Etat de l’autre. Le rôle des enseignants est alors de trouver un équilibre entre demandes d’état d’un côté et éthique et responsabilité de l’autre (et c’est cette analyse que je soutiendrai auprès de nos élèves et de nos collègues si besoin est).
S’il y a quelqu’un dont j’aime beaucoup suivre les aventures dans le monde du multimedia et de l’enseignement, c’est Nikki Pugh qui, comme elle le dit si bien sur son site Genzai-chi « travaille dans les zones floues entre Art, Science et Technologie » (et je vous invite à souscrire aux feeds de son site Internet dès que possible si l’un de ces thèmes vous intéresse). Un de ses derniers projets, aider des élèves élèves de 9 à 10 ans en Angleterre à construire un « Musée de l’Eau » à partir des suggestions de ces derniers, met en évidence des remarques très intéressantes de leur part – par exemple, que les visiteurs du musée doivent éventuellement pouvoir quitter cet espace en étant tristes car « il y a des choses très sérieuses au sujet de l’eau qui doivent être dites, et il faut que les gens soient touchés par ces problèmes ».
Entendre une telle phrase dans la bouche d’enfants de 9 ans est quelque chose qui me rassure un peu sur ce que le futur peut nous réserver. Nous vivons dans une société qui encourage le bonheur instantané et sans trop de réflexion – quelque chose que je peux voir tous les jours auprès de mes collégiens. Que de jeunes élèves aient encore conscience que différer le bonheur pour atteindre un but peut servir à quelque chose, même si c’est doux-amer, ça fait plaisir à entendre.
Une de mes résolutions de nouvelle année sur mon site personnel se retrouve ici : ne plus hésiter à commenter sur les articles que d’autres mettent en ligne, ou les analyser en profondeur ici-même. Alors on commence avec cet article de Martin Bélanger sur le pari de l’intelligence et l’accès à Internet ! Les thèmes de l’article (la régulation de l’accès à Internet et la confiance que l’on peut accorder à ses élèves) me turlupinent depuis plusieurs années.
La régulation de l’accès à Internet au sein des établissements scolaires tout d’abord : si je peux comprendre la nécessité de réguler dans une certaine mesure l’accès de tel ou tel site par nos élèves, je pense que les bloquer purement et simplement n’est pas la meilleure des solutions et ce pour plusieurs raisons.
La régulation de cet accès se fait plus ou moins souvent sans la consultation des enseignants utilisateurs du même établissement, ce qui peut les priver d’opportunités pédagogiques ou de matériel d’enseignement pour leur travail avec les élèves. Exemple caractéristique : je me sers souvent de la chaîne spécialisée YouTube EDU pour préparer certains papiers ou certains débats avec mes élèves mais hélas, quand je veux en faire profiter les élèves ou mes collègues depuis le réseau de notre établissement (ou même partager avec eux certaines de mes propres vidéos) ce n’est pas possible, parce que « ce site ne présente pas d’intérêt pédagogique » (le site parent YouTube a en effet été bloqué par les autorités académiques). Le problème vient ici de l’ampleur du site concerné : il est clair qu’une bonne partie du contenu de YouTube n’a pas d’intérêt pédagogique clair (ça peut être très différent dans le contexte d’un cours bâti par un enseignant), mais les sections spécialisées de ce site sont du coup inexploitables par les professionnels de l’éducation. Vu l’énorme travail de veille qu’il faudrait effectuer pour autoriser les accès à certains contenus mais pas à d’autres, les autorités responsables se retrouvent face à deux alternatives : prendre le risque de ne rien verrouiller, ou tout verrouiller.
Autre problème : celui de l’internalisation des règles et de la responsabilisation des élèves. Une fois que de telles mesures restrictives ne sont plus entre l’élève et Internet, il n’y a plus rien pour l’empêcher de se mettre en danger et de mettre en danger, ou de perdre les droits à son image ou ses créations : ce ne sont que des solutions à court terme, qui dégagent l’établissement scolaire et les enseignants de leur responsabilité d’éducateur vis-à-vis de ce territoire d’exploration. Une solution à long terme serait de donner à nos élèves les outils qui permettent de savoir aller partout et de savoir faire la part des choses une fois « sur place » : une fois les explications de la présence de ces outils expliquées et internalisées par les élèves, il ne devrait (en théorie) plus y avoir besoin de maintenir en place les barrières qui encadrent nos élèves.
Je ne doute pas que Martin est bien conscient que c’est avec des élèves les plus lucides possibles qu’une telle politique peut être appliquée : j’en suis tout aussi conscient et il me suffit de comparer les idées si encourageantes que nos élèves peuvent exprimer avec les retombées effectives de ces débats pour me rendre compte que cette lucidité devrait être accompagnée et nourrie continuellement pour porter ses fruits – ou alors, que la détermination portée par nos élèves soit si forte qu’elle puisse s’opposer aux pressions d’un environnement à base d’hormones, de baskets, de casquettes, de téléphones portables, de maquillage, de coiffure et de regards. Mais ce n’est pas parce que c’est difficile qu’il ne faut pas tendre vers un tel idéal de lucidité : l’enjeu, au-delà de la sécurité sur Internet, est d’aider les élèves à se rendre disponibles pour l’apprentissage qui les attend tout au long de leur vie, pas seulement dans le système scolaire.
C’est toujours dur de commencer une nouvelle année par une mauvaise nouvelle, mais un de mes blogs de documentaliste favoris, celui qui me permettait de rester informé des derniers développements dans le domaine de notre formation en documentation, ferme ses pages : Saamarande a publié le 8 Janvier son dernier article, à cause du manque de temps pour mettre à jour son site – une raison que beaucoup de blogueurs invoquent pour expliquer la fermeture de leurs sites. Il est vrai que garder un site vivant et à jour tout en jonglant avec le travail de documentaliste n’a rien de facile – alors Saamarande, bonne continuation !
Quant à tous ceux d’entre vous qui se demandent si ils devraient ouvrir leur propre blog, je n’ai qu’un seul conseil à vous donner : lancez-vous ! Si pour chaque blog de documentaliste qui disparaît il s’en ouvre 10, les sciences de l’information sur Internet continueront de bien se porter !
Maintenant que le désherbage et la remise à plat de la gestion de notre CDI est terminée, je peux reprendre un peu de temps pour alimenter CDImagination.net en nouveautés. En parallèle des tutoriels que j’ai commencé à rédiger, je vais aussi reprendre ceux que j’ai déjà mis en ligne pour harmoniser un peu leur présentation et essayer de les enjoliver un peu (je viens de me pencher dessus et je les trouve vraiment trop moches !).
Merci pour votre patience, et j’espère que de votre côté vous avez passé une rentrée scolaire pas trop mouvementée !
Chers lecteurs (vous êtes pas beaucoup, mais je vous vois : FeedBurner fait bien son travail, bande de coquins),
J’ai de plus en plus envie d’expérimenter avec des vidéos sur la doc’ et les sciences de l’information afin de donner encore un peu plus de mordant à une spécialité qui a de l’avenir. Est-ce que vous avez des suggestions sur les choses à faire, des conseils sur les pièges à éviter pour mes premières tentatives avec mes collègues pour 90 secondes pour un documentaliste ou en solo avec les vidéos sur les sémacodes et les licences Creative Commons ? N’hésitez pas à partager votre expérience dans les commentaires pour que toute personne intéressée puisse en profiter !
Les vidéos qui mettent en avant l’ignorance des gens sur tel ou tel sujet, ce n’est pas rare. Les vidéos qui mettent en avant l’ignorance des Américains, sur tel ou tel sujet, ça l’est encore moins (et ça fait bien rire les Français – et ça fait aussi flipper certains Américains) ! Mais honnêtement, visionnez-donc cette vidéo tournée par une petite équipe d’employés de Google qui demandent aux passants dans les rues de New York ce qu’est un navigateur.
Résultat des courses, 8% des personnes interrogées savent ce qu’est un navigateur ! Une grande partie des autres personnes interrogées confondent allègrement navigateur Internet et moteur de recherche. En début d’année scolaire, avant même de commencer à réfléchir au B2I, combien d’élèves (et tiens, combien de collègues ?) seraient capables de répondre correctement à cette question ?
En temps que professeur-documentaliste, je me retrouve souvent à travailler avec des collègues qui représentent des disciplines qui n’avaient pas beaucoup d’intérêt pour le collégien que j’étais. Un des exemples qui me vient le plus facilement à l’esprit reste les mathématiques, des heures de leçons en classe et hors du collège et du lycée en cours particuliers à réviser encore et encore des formules qui semblaient ne pas avoir d’intérêt particulier : il aura fallu bien des années pour quel certains jeux et certaines personnes me montrent que les mathématiques ce ne sont pas juste des équations à développer, réduire et ordonner : c’est aussi des univers qui se déploient, qui explosent, qui vivent, on les retrouve quasiment partout mais quasiment jamais sous la forme qui nous est enseignée à l’école. Pour ma part, ce sont la cryptographie, l’architecture, l’histoire et la cryptographie qui m’ont fait me rendre compte que finalement les maths, c’est cool. Et c’est le point de vue que partagent beaucoup des enseignants de maths que je côtoie et qui ont le malheur de se retrouver pris en sandwich entre ce que l’Etat et l’Education Nationale exigent d’eux, et la passion qu’ils veulent transmettre de l’autre.
Et puis il y a quelques jours, j’ai reçu un texte qui m’a fasciné dans mon lecteur de feeds RSS. Je n’ai pas encore terminé de le lire que j’ai déjà envie de vous en pondre une traduction : c’est subjectif, c’est passionné, c’est subversif, il y a probablement plein de petits blancs dans le raisonnement qui mériteraient qu’on les corrige ou qu’on les développe, ça parle des mathématiques non pas dans le système Français mais dans le système Américain, mais ça vaut le coup d’oeil ne serait-ce que parce que nous partageons apparemment des problèmes similaires. Attention, je ne poste pas ce texte ici pour dire que tout est pourri au royaume des mathématiques – je ne m’y connais vraiment, vraiment pas assez dans le domaine pour pouvoir juger de quoi que ce soit. Je vous propose juste, que vous enseigniez les mathématiques ou pas, que vous aimiez les mathématiques ou pas, de lire, de réfléchir et d’en parler avec vos collègues, vos élèves…Ou vos professeurs
J’en ai assez dit : je vous laisse avec A Mathematician’s Lament de Paul Lockhart, et une fois que vous aurez terminé de lire je vous suggère de jeter un oeil à la rapide analyse qu’en fait l’enseignant en ingénierie Scott Aaronson sur son site.
J’entends d’ici Frédérique et Jean-Marc me charrier en me disant que je viens d’un background scientifique…
Parfois, avec Frédérique, on n’a pas le temps de se voir – un peu plus ces temps-ci que d’habitude, comme vous avez pu le voir dans le billet précédent. Heureusement qu’il reste Internet ! L’autre jour, on a pu se retrouver pour une petite discussion sur MSN, que je partage avec vous aujourd’hui (Je n’ai enlevé que nos petits délires entre amis histoire de rendre les choses un peu plus lisibles)…
[15:25] m.: Bonjour Frédérique ! [15:26] frederique: salut Thomas [15:26] frederique: comment tout va bien ? [15:29] m.: La vie va ok – j’essaie de faire des séquences et des séances qui sortent un peu de l’ordinaire, mais que ce soit à cause de problèmes de formulation de ma part ou problèmes de compréhension de la part des élèves, le résultat est qu’ils décrochent très vite. ça me décourage un peu. [15:29] m.: Je mettrai évidemment les séances que j’ai testées en ligne très bientôt. [15:30] frederique: Oui et le far web dans lequel ils grandissent n’arrangent pas: ils sont devenus polyvalents sur le net, je travaille en ligne avec de la musique, en même temps que je mets à jour mon blog, ils adorent cette excitante immédiateté des supports [15:31] frederique: et ce comportement se retrouve lorsqu’on les a en cours [15:31] m.: Le fameux point de vue des digital natives VS digital immigrants ? [15:31] frederique: ils ne tiennent pas en place [15:31] frederique: oui c ça (…) [15:32] m.: Cette théorie est intéressante du point de vue des différences de développement cognitif mises en valeur par la disponibilité d’un tel outil, mais je ne suis pas d’accord avec les gens qui pensent que les digital natives ont un avantage sur les immigrants. (…) [15:33] m.: Pour faire une analogie, ce n’est pas parce qu’on est nés après l’invention de la voiture qu’on sait conduire des F1. Et en ce qui concerne nos élèves, je pense (toujours pour continnuer la métaphore) qu’ils sont plutôt du style tricycle. [15:33] frederique: Moi non les digital natives n’ont pas assez de regard critique quand à l’interêt du numérique… on les a tellement bassiné avec cette rhétorique publicitaire » la révolution numérique » [15:34] m.: Développe ? [15:34] frederique: Ils s’imaginent que les temps révolus étaient d’une médiocrité visuelle [15:34] m.: (Si tu n’y vois pas d’inconvénient, je vais poster cette conversation sur le blog juste après qu’on ait terminé, je pense qu’elle intéressera du monde !) [15:34] frederique: moui [15:37] m.: Je trouve ça pas mal intéressant, ce que tu viens de dire par rapport au regard de nos élèves sur cette « révolution numérique », pour deux raisons ; ça montre à mon avis que d’un côté ils ont bien intégré le fait qu’il y a une différence entre les outils dont ils disposent et ceux dont leurs parents où ceux avant eux disposaient, mais aussi que la manière dont cette dernière a été « marquétisée » les a mis dans la position de personnes qui ont déjà accompli quelque chose, plutôt que dans la position de personnes qui ont encore tout à inventer. [15:38] m.: Thoughts ? (…) [15:42] frederique: D’accord avec toi. Nos élèves en plus vivent dans le monde des plateformes média sous la tutelle de grands groupes cherchant à faire du rentable [15:44] frederique: Et donc en plus de se dire que les nouvelles technologies sont faciles, instinctives d’application, ils les utilisent et s’en nourissent. Ils vivent dans ce flot d’images et d’informations immédiates [15:45] frederique: Et les grands groupes y ont vu des cibles faciles à toucher et à ramolir en misant sur le sport et le people au dépens de l’info, la vrai, c’est à dire l’international et le social [15:45] frederique: Oups les fautes d’accord que je cumule, pardon Thomas [15:45] m.: Je corrigerai [15:45] m.: (Tu me parles comme si j’étais un prof de Français, j’adore) [15:49] frederique: Bref c’était pour faire un petit point sur les parasites qui se logent dans la tête de nos élèves [15:51] m.: Et sinon, à ton tour ! Comment se passe le travail ? [15:52] frederique: Et le comble étant que ce flot d’informations, de figures et d’images choc, ils finissent par être incapables de définir leurs capacités et leurs envies futures, car ils ne sont pas en mesure de comprendre que les ambitions et les talents se cultivent par le travail et non juste par l’instant Andy Warhol
Alors, ça vous inspire ? Que pensez-vous du débat sur les Digital Natives en général ? Que pensez-vous de ce qui s’est dit là-haut ? N’hésitez pas à partager votre point de vue ci-dessous !